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En 1969, Marius Lambert racontait son village

par Nadine 19 Mars 2009, 23:00 Trans en Provence


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Je n'ai pas la date exacte de la publication de cet article car la personne qui me l'a confié n'a pas pris soin de la noter dans un coin. Mais enfin si on lit bien l'article, il est spécifié que Monsieur Marius Lambert est né à Trans en 1875.  Le journaliste écrit qu'il a 94 ans aujourd'hui. Donc, cet article date de 1969.
Qui se souvient de Marius Lambert qui allait à Draguignan sur sa wagonnette en la faisaint avancer avec le pied ? 
Une chose est sûre, à l'époque il y avait moins de circulation qu'à l'heure actuelle !
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Je vous livre le récit de l'article du journal (j'ai rajouté des annotations entre paranthèses comme vous pourrez le voir).

Il est mince comme un ceps de vigne, ses yeux bleus semblent regarder vers le passé pour y retrouver les images qui lui furent familières, celles du vieux Trans où il est né en 1875 (en fait le 3 avril 1876) à l'impasse du Parterre. Il regarde les transformations avec philosophie et il continue à 94 ans à cultiver son jardin et à circuler sur sa "wagonnette". C'est une curieuse machine sur quatre roues, en fer, avec un banc sur lequel il s'installe lui et ses outils et qu'il fait avancer avec un pied (je précise que ces fameuses "wagonnettes" tout le monde en avait dans le village, elles servaient à transporter tout ce qui était transportable, les ménagères l'utilisaient pour porter leur linge au lavoir ou pour aller vendre leurs légumes au marché à Draguignan, ce n'était pas un moyen de locomotion. De nos jours, certaines personnes possèdent toujours ces "wagonnettes" et elles servent par exemple pour porter les vases au cimetière pour la Toussaint. Dans d'autres villages alentour, ces "wagonnettes" étaient appelées "roulottes" à La Motte ou au Muy par exemple. Peut-être qu'ailleurs, elles portaient encore un autre nom, je compte sur vous pour me le dire...).

Monsieur Marius Lambert ou "Pépé" Lambert pour tout le village est le doyen de Trans et sans doute le personnage le plus populaire.
Lorsqu'on le voit avancer sur son engin route de la Motte, tous les automobilistes se rangent ou bien s'arrêtent et le saluent comme un champion du Tour de France.

Monsieur Marius Lambert est le beau-père de Monsieur Vidal, l'adjoint au maire qui a la passion du vieux Trans et de son histoire. il possède d'ailleurs des archives sur la ville ancienne auxquelles il tient comme à la prunelle de ses yeux.

Nous avons rencontré Marius Lambert en famille, dans sa maison près du pont de la Motte, ombragée par un magnifique mûrier plus de trois fois centenaire puisqu'il a été planté sous Henri IV... (ce mûrier n'existe plus de nos jours).

"Pépé" Lambert venait de faire sa sieste et s'apprêtait à se rendre à son jardin à bord de son coursier original, il a volontiers laissé couler les souvenirs...


Le pont de la Motte

Nota personnel de Nadine : Le troisième monsieur au fond avec le plastron blanc est mon arrière-grand-père Jules Rambaud, le grand-père paternel de ma maman. La grand-mère de maman (côté maternel) Thérèse Vincent (dont je vous ai parlé dans mon article "Ce devait être la der des ders") est passée sur le pont de la Motte alors qu'il était en constuction avec un fagot de bois sur la tête, bois qu'elle était allée chercher dans la colline.

Reprise du récit de Marius :

"Voyez-vous ce pont de la Motte, j'ai assisté au début de sa construction, c'était en 1899. A ce moment là, ici, c'était la campagne et la paysage depuis a bien
changé" (quand il n'y avait pas encore le pont, pour aller vers La Motte, Le Muy, etc, il fallait passer par le chemin de Trans à La Motte, aujourd'hui chemin des Clauses).

"Il y avait 5 moulins à farine à Trans, 21 moulins à huile et 3 filatures de soie, plus une grande bouchonnerie. On faisait 20 km à cheval pour transporter des fûts de plus de 500 litres d'huile qui partaient après à Marseille et à Nice. Nos moulins fabriquaient de l'huile renommée dans toute la région. De l'huile vierge dont on a perdu l'habitude". (A l'époque, Trans était un village florissant et prospère avec toutes ses industries... Je ferai un article sur le sujet).

C'est une campagne virgilienne que nous décrit "Pépé" Lambert où poussaient l'olivier et le mûrier sur les collines et dans la bordure de la Nartuby. Il y avait peu de vignes. Les mûriers nourrissaient les vers à soie. Toutes les familles de Trans cultivaient les "graines" de vers à soie. Les cocons étaient traités dans les filatures et de nombreuses femmes venaient d'Italie pour y travailler. La soie, par longues tresses, partait pour Paris et Marseille (cela aussi je vous le raconterai...).


Voilà la fameuse "Clairette de Trans" dont parle Marius Lambert ci-dessous.
Je vous cite les noms de ces demoiselles : De gauche à droite : Yvette Michelis,
Maryse Gasca, Simone Lambert, Simone Michelis, Jacqueline Lambert, Jeanine Michelis (qui tient la bouteille de "Clairette" entre ses pieds), Liliane Chiambrino et Alberte Pourchier.



Ah, la "Clairette de Trans" Marius Lambert en parle avec émotion. Retenue par des murs (restanques) la vigne poussait sur les collines. On la soignait avec du soufre. Elle produisait un raisin nommé la "Clairette" que l'on pouvait même déguster à Pâques en le conservant dans un endroit sec (au grenier sur des claies appelées canisses).
Dans ces bucoliques rivages "Pépé" Lambert, commença à travailler dans une scierie à 25 sous par jour en 1888. "Ce n'était pas facile mais il y avait le jardin..."
Ce jardin, pour Marius Lambert, comme pour le "candide" de Voltaire, c'est toute une philosophie. Bêcher, arroser, arracher les mauvaises herbes, fut pour le doyen de Trans, un véritable deuxième métier, qu'il n'a d'ailleurs jamais abandonné.
A 94 ans, la terre reste son grand souci en bon provençal qui se respecte.
Son secret de longévité ? Une vie saine... et cultiver son jardin. Avis à ceux qui veulent devenir centenaires, tout en conservant, comme Marius Lambert, une lucidité remarquable quant à l'esprit et une agilité du corps qui lui permet de se mouvoir sur son étonnante "wagonnette".
Dans le passé, dit-il, j'allais ainsi à Draguignan (à 5 km de Trans) faire mon marché, j'entassais mes provisions et je revenais chez moi.
Les chauffeurs de car avaient l'habitude de rencontrer sur la route "Pépé" Lambert et sa "wagonnette". Ils le saluaient au passage.
Aujourd'hui, cet ancien de Provence, prend un malin plaisir à gagner au jeu de cartes, à aider les plantes à éclore, à consolider le vénérable mûrier tricentenaire et à voir grandir une petite Laurence de neuf mois dont il est le trisaïeul !

Nota : Je vous précise de Monsieur Marius Lambert est décédé en 1971.

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