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Souvenirs de Francis

par Nadine 11 Mai 2010, 22:00 Métiers - Activités diverses


 

C'est Francis, un ami généalogiste qui m'a donné l'autorisation de publier son récit après l'avoir un peu arrangé. 

 

  

Vue aérienne de Carcès (Photo internet)

 

"Entre les deux guerres dans mon village : Carcès dans le Haut-Var, je me
souviens de trois marchands ambulants qui circulaient avec une petite charrette à bras qu'on appelait charreton. Ils faisaient à pied la tournée des six villages qui forment le canton. Soit : Carcès, Correns, Cotignac, Entrecasteaux, Montfort-sur-Argens, et Saint-Antonin-du-Var. Il y avait :
- le marchand d'anchois, avec son petit tonneau sur la charrette et son papier gris qui lui servait à emballer sa marchandise.
Son cri "anchoio" signifiait : "anchois" en langue provençale, celle de mon enfance.
- le marchand qui vendait du fromage et criait "froumagi couyen", en français : "fromage cuit " c'était une préparation de restants de fromages de toute nature qui cuisaient littéralement dans de l'eau-de-vie et des aromates, c'était très fort au goût

(Nota de Nadine : je pense que c'est ce que nous appellons ici le broussin. Mon ami blogueur Jupiter de Cotignac nous donne quelques explicationx supplémentaires à ce sujet à la fin du texte).
Les ménagères le faisaient également en mettant tous les bouts de fromage du
mois dans une terrine en terre cuite ou une petite jarre, elles ajoutaient bien sûr une bonne rasade d'aigo-ardènt, littéralement : eau ardente (eau-de-vie de marc de raisin) et enfin par dessus un voile de gaze pour isoler des mouches.

 


- Le marchand d'échaudés, une sorte de brioche, très
légère, aérienne, à la pâte succulente enrobée de sucre et parfumée à l'eau de fleur d'oranger ou à l'anis. Il chantait le couplet suivant, toujours en langue provençale :
- C'est moi qui les fait ;
- C'est moi qui les vend ;
- C'est ma femme qui bouffe l'argent ! ! !
Cette dernière phrase avec une conviction teintée de souffrance.


Mais ce qui m'a le plus marqué c'était lorsque les transhumants faisaient
étape sur la place de la Capelette, le soir les bergers fouillaient au
milieu du troupeau de moutons pour débusquer les lièvres qui transhumaient également avec eux. Je me souviens aussi de l'âne avec ses paniers en osier disposés de part et d'autre de ses flancs. Ils servaient à transporter les agneaux nés durant le trajet.
A la tête du troupeau, le bouc (en provençal : lou menoun) avec sa grosse cloche ouvrait la marche. Il ne faut pas oublier les chiens également qui rabattaient les bêtes qui s'écartaient du troupeau.

Je ne peux pas terminer sans parler de la distillerie ambulante qui se tenait sous une grande tente avec cette agréable odeur de moût de raisin qui titillait les narines.
Ni sans citer le cinéma muet ambulant aménagé dans une salle faite de
draps tendus. Je me souviens de deux films, : Judex et Lagardère. Ils étaient de
teinte sépia ou verdâtre. Voilà ce que je garde comme souvenirs de mon enfance, ça devait être dans les années 1933 à 1940. Après la guerre, rien n'a plus été pareil !"
 
Auteur : Francis Pelotier

Explications supplémentaires de Jupiter (pour voir son blog c'est ICI) sur le fromage couyen : Le couyen est une forme des fromages "Cachats" que l'on retrouve dans toutes les régions de France. Ici (à Cotignac et dans la région),
nous l'appelons le fromage couyen ou couillen. Le départ du fromage se fait avec des restes de fromage de brebis. Les anciens versaient de l'eau-de-vie avant de s'en servir pour tuer d'éventuels asticots. Ils le tartinaient sur de grosses tranches de pain qu'ils mettaient à rôtir devant la cheminée, ça sentait mauvais, mais qu'est-ce que c'était bon ! Par contre, méfiez-vous si vous en faites parce que c'est très fort ! Il y a encore une personne à Varages qui en fabrique mais je ne la connais pas. A Cotignac, j'ai des amis qui en font aussi, mais ils ne veulent pas me donner la recette car ils l'ont héritée de leurs parents.
Nota de Nadine : Ce genre de chose c'est commes les coins à champignons ou à asperges sauvages, ça ne se dit pas !

 

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