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Le savon de Marseille

par Nadine 11 Avril 2008, 22:00 Meubles - Objets

 


Le savon de Marseille est un type de savon particulièrement efficace par son pouvoir nettoyant, utilisé essentiellement pour l’hygiène du corps. La formule de ce savon, contenant 72 % d’acide gras (provenant du mélange d'huiles et de soude) a été fixée sous Louis XIV au XVIIe siècle. Au XIXe siècle, Marseille avec près de 90 savonneries possède une industrie florissante qui connaît son apogée en 1913 avec près de 180 000 tonnes produites. Après 1950, l'arrivée des détergents de synthèse précipite son déclin.
En France, le savon est utilisé depuis l'Antiquité. Dans son Histoire naturelle, Aurélien Vezier rapporte que les Gaulois emploient un produit à base de suif et de cendres pour se teindre les cheveux en roux. Le savon leur sert de décolorant pour les cheveux.
L'origine du savon de Marseille provient sans doute du savon d'Alep existant depuis des milliers d'années. Le mode de fabrication originaire de la ville d'Alep en Syrie, est à base d'huile d'olive et de laurier et s'est répandu à travers tout le bassin méditerranéen, à la suite des croisades, en passant par l'Italie et l'Espagne, pour atteindre enfin Marseille.
Marseille possède des manufactures de savon à partir du XIIe siècle qui utilisent comme matière première l'huile d'olive qui est produite localement. La soude (à l’époque le mot "soude" désignait le carbonate de sodium) provenait des cendres de la combustion d'une plante ayant pour nom la salicorne. C'est Crescas Davin qui est au XIVesiècle le premier savonnier officiel de la ville. En 1593, Georges Prunemoyr, dépassant le stade artisanal, fonde la première fabrique marseillaise.

 


Pour aller voir le complément que j'ai fait sur cet article, veuillez cliquer sur la pièce de savon ci-dessus (il y a notamment des publicités anciennes).

Au début du XVIIesiècle, la production des savonneries marseillaises peut tout juste satisfaire la demande de la ville et du terroir. Le port de Marseille reçoit même des savons de Gênes et d'Alicante. Mais la guerre bloquant l'approvisionnement avec l'Espagne, les savonniers marseillais doivent augmenter leur production de façon à pouvoir alimenter le nord de la France et les acheteurs hollandais, allemands et anglais.

En 1660, on compte dans la ville sept fabriques dont la production annuelle s'élève à près de 20 000 tonnes. Sous Louis XIV, la qualité de la production est telle que "le savon de Marseille" devient un nom commun. Il s'agit alors d'un savon de couleur verte qui se vend principalement en barre de 5 kg ou en pains de 20 kg.

Le 5 octobre 1688, un édit de Louis XIV, signé par le fils de Colbert, secrétaire de la Maison du Roi, réglemente la fabrication du savon. Selon l'article III de cet édit : "On ne pourra se servir dans la fabrique de savon, avec la barrille, soude ou cendre, d'aucune graisse, beurre ni autres matières ; mais seulement des huiles d'olives pures, et sans mélange de graisse, sous peine de confiscation des marchandises". Les manufactures de savon doivent cesser leur activité l’été car la chaleur nuit à la qualité du savon. Cette réglementation assure la qualité du savon qui fait la renommée des savonneries marseillaises.

Dans le même temps, des fabriques de savon se répendent dans la région provençale, à Salon-de-Provence, Toulon ou encore Arles. En 1786, il existe 48 savonneries à Marseille qui produisent 76 000 tonnes, emploient 600 ouvriers et 1 500 forçats prêtés par l’arsenal des galères du Roi.

Après la crise due à la Révolution française, l'industrie marseillaise continue à se développer jusqu'à compter 62 savonneries en 1813. La soude est alors obtenue à partir d'eau de mer grâce au procédé inventé par un chimiste, Nicolas Leblanc (procédé qui portera son nom).

C'est à partir de 1820 que de nouvelles matières grasses sont importées et transitent par le port de Marseille. Les huiles de palme, d'arachide, de coco et de sésame sont utilisées pour la fabrication du savon. Les savonneries marseillaises subissent la concurrence des savonneries anglaises ou parisiennes, ces dernières emploient du suif qui donne un savon moins cher mais de moins bonne qualité.

Au début du XXe siècle, la ville de Marseille possède 90 savonneries. François Merklen, un chimiste d'origne alsacienne établi à Marseille, fixe en 1906 la formule du savon de Marseille : 63 % d’huile de coprah ou de palme, 9 % de soude ou sel marin, 28 % d'eau. Cette industrie est florissante jusqu'à la Première Guerre mondiale où la difficulté des transports maritimes des graines porte gravement atteinte à l'activité des savonniers. En 1913, la production est de 180 000 tonnes pour tomber à 52 817 tonnes en 1918.

Après la guerre, la savonnerie bénéficie des progrès de la mécanisation bien que la qualité du produit reste due à l'emploi des procédés anciens et la production remonte jusqu'à atteindre 120 000 tonnes en 1938. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Marseille assure toujours la moitié de la production française mais les années qui suivent deviennent extrêmement désastreuses. Le savon est supplanté par les détergents de synthèse et les savonneries marseillaises ferment les unes après les autres. Le glas de cette florissante industrie a sonné : il ne reste de nos jours que trois savonneries qui continuent à fabriquer le savon à l'ancienne (dont la célèbre savonnerie Marius Fabre établie à Salon-de-Provence). Pour visiter le site Marius Fabre, cliquez sur la marque ci-dessous.

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