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Coton, lin et chanvre

par Nadine 11 Mars 2009, 23:00 Faune - Flore



Le coton, la plus importante des matières employées pour nos tissus, est fourni par une plante des pays chauds appelée cotonnier. C'est une herbe d'un à deux mètres d'élévation, ou même un arbrisseau, dont les grandes fleurs jaunes ont la forme de celles de nos mauves. A ces fleurs succèdent de nombreux fruits ou coques de la grosseur d'un oeuf, que remplit une bourre soyeuse, tantôt d'un blanc éclatant, tantôt d'une faible nuance jaune, suivant l'espèce de cotonnier. Au milieu de cette bourre se trouvent les graines.



Capsule de coton ouverte

A la maturité, les coques s'entr'ouvrent, bâillent, et leur bourre s'épanche en un moelleux flocon que l'on recueille à la main coque par coque. La bourre, bien desséchée au soleil sur des claies, est battue avec des fléaux, ou mieux soumise à l'action de certaines machines. On la débarrasse de la sorte, des graines et des débris du fruit. Sans autre préparation, le coton nous arrive en grands ballots pour être converti en tissus dans nos usines. Les pays qui en fournissent le plus sont l'Inde, l'Égypte, le Brésil, et surtout les États-Unis de l'Amérique du Nord.

En une seule année, les manufactures de l'Europe mettent en oeuvre près de huit cent millions de kilogrammes de coton. Ce poids énorme n'est pas de trop, car le monde entier s'habille avec la précieuse bourre, devenue indienne, percale, calicot. Aussi l'activité humaine n'a-t-elle pas de plus vaste champ que le commerce du coton manufacturé. Que de mains à l'oeuvre, que d'opérations délicates, que de longs voyages pour un simple pan d'indienne du prix de quelques centimes ! Une poignée de coton est récoltée, je suppose, à deux ou trois mille lieues d'ici. Ce coton traverse l'océan, il fait le quart du tour du globe et vient en France ou en Angleterre pour y être manufacturé. Alors on le file, on le tisse, ou l'embellit de dessins coloriés, et, devenu indienne, il repart à travers les mers pour aller peut-être, à l'autre bout du monde, servir de coiffure à quelque Africaine crépue. Quelle multiplicité d'intérêts en jeu !


Fleur de coton

Il a fallu semer la plante ; puis pendant une bonne moitié de l'année, en soigner la culture. Dans la poignée de bourre, il y a donc à prélever la part, la grosse part de ceux qui ont cultivé et récolté. Arrivent alors le commerçant qui achète et le marin qui transporte. A l'un et à l'autre, il faut une part de la poignée de bourre. Puis viennent le filateur, le tisseur, le teinturier, que le coton doit tous dédommager de leur travail. C'est loin encore d'être fini. Voici maintenant d'autres commerçants qui achètent les tissus, d'autres marins qui les transportent dans toutes les parties du monde, et enfin des marchands qui vendent au détail. Comment fera la poignée de bourre pour payer tous ces intéressés, sans devenir elle-même d'un prix exorbitant ?

Pour accomplir cette merveille interviennent ici les deux puissances de l'industrie : l'auxiliaire de la machine et le travail en grand. Vous savez comme on file la laine au rouet. La laine cardée est d'abord divisée en longues mèches. Une de ces mèches est approchée d'un crochet qui tourne avec rapidité. Le crochet saisit la laine, et, dans sa rotation, tord les brins en un fil, qui peu à peu s'allonge aux dépens de la mèche, maintenue et réglée avec les doigts. Quand le fil a atteint une certaine longueur, on l'enroule sur le fuseau par un mouvement convenable du rouet, puis on se remet à tordre la laine.



Filature en 1908

A la rigueur, le coton pourrait se filer de la même manière, mais, si habiles que fussent les fileuses, les tissus qu'on ferait avec ce fil obtenu au rouet seraient d'un prix énorme à cause du temps dépensé. Que fait-on alors ? On charge une machine de filer le coton. Dans d'immenses salles sont disposés, par centaines de mille, les délicats engins propres à filer, crochets, fuseaux et bobines. Et tout cela tourne à la fois avec une exquise précision et une rapidité qui défie le regard, et tout cela travaille et bruit à vous rendre sourd. La bourre de coton est saisie par des milliers et des milliers de crochets ; les fils, d'une longueur sans fin, vont et viennent d'une bobine à l'autre, et s'enroulent sur les fuseaux. En quelques heures, une montagne de coton est convertie en fil dont la longueur ferait plusieurs fois le tour de la terre. Qu'a-t-on dépensé pour un travail qui aurait épuisé les forces d'une armée de fileuses ? Quelques pelletées de charbon pour chauffer l'eau dont la vapeur fait mouvoir la machine qui met le tout en branle.



Caraco d'indienne imprimé

Le tissage, l'impression des dessins coloriés, enfin les diverses opérations que la bourre subit pour devenir tissu, se font par des moyens tout aussi expéditifs, tout aussi économiques. Et c'est ainsi que le planteur, le négociant, le marin, le filateur, le tisserand, le teinturier, le marchand, peuvent chacun avoir leur part dans la poignée de bourre de coton, devenue pan d'indienne et vendue quatre sous.

L'écorce intérieure du chanvre et du lin est composée de longs filaments, très fins, souples et tenaces, que l'on emploie, comme le coton, à la fabrication des tissus. Le lin nous donne les tissus de luxe, batiste, tulle, gaze, dentelle, malines ; le chanvre nous fournit les tissus plus forts, jusqu'à la grossière toile à sacs.



Champ de lin

Le lin est une plante fluette, à petites fleurs d'un bleu tendre, qui se sème et se récolte tous les ans. Sa culture est très développée dans le nord de la France, en Belgique, en Hollande. C'est la première plante que l'homme ait utilisée pour faire des tissus.

Le chanvre est cultivé dans toute l'Europe depuis bien des siècles. C'est une plante annuelle, d'une odeur forte, nauséabonde, à petites fleurs vertes, sans éclat, et dont la tige, de la grosseur d'une plume, s'élève à deux mètres environ.

Lorsque le chanvre et le lin sont parvenus à la maturité, on en fait la récolte, et par le battage on en sépare les graines. On procède alors à une opération appelée rouissage, qui a pour but de rendre les filaments de l'écorce ou les fibres, comme on les appelle, facilement séparables du bois. Ces fibres, en effet, sont collées à la tige et agglutinées entre elles par une matière gommeuse très résistante, qui les empêche de s'isoler tant qu'elle n'est pas détruite par la pourriture. On pratique quelquefois le rouissage en étendant les plantes sur le pré pendant une quarantaine de jours et en les retournant de temps à autre, jusqu'à ce que la filasse se détache de la partie ligneuse ou chènevotte. Mais le moyen le plus expéditif consiste à tenir plongés dans l'eau le lin et le chanvre liés en bottes. Il s'établit bientôt une pourriture qui dégage des puanteurs intolérables ; l'écorce se corrompt, et les libres, douées d'une résistance exceptionnelle, sont mises en liberté. On fait alors sécher les bottes ; puis on les écrase entre les mâchoires d'un instrument appelé broye, pour casser les tiges en menus morceaux et les séparer de la filasse. Enfin, pour purger la filasse de tout débris ligneux, on la passe entre les pointes en fer d'une sorte de grand peigne nommé séran.



Fibre de chanvre

En cet état, la fibre est filée soit à la main, soit à la mécanique. Le fil obtenu est soumis au tissage. Sur un métier, on dispose bien en ordre, côte à côte, de nombreux fils composant ce qu'on nomme la chaîne. A tour de rôle, entraînée par une pédale sur laquelle presse le pied de l'ouvrière, la moitié de ces fils descend, tandis que l'autre remonte. En même temps, l'ouvrière fait passer de gauche à droite, puis de droite à gauche, entre les deux moitiés de la chaîne un fil transversal, nommé trame, contenu dans une navette. De cet entre-croisement résulte le tissu.

Auteur : Jean-Henri Fabre - (1823-1915) Naturaliste, entomologiste, écrivain.

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