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Sous la gangue de rouille surgit la magie du passé

par Nadine 18 Septembre 2008, 22:00 Archéologie - Généalogie - Géologie



Un travail minutieux et de longue haleine, comme cette jambière
en cours de restauration (Photo Var matin)

Le laboratoire de conservation, restauration et recherches du centre archéologique du Var, installé à Draguignan, sous la direction de Jacques Rebière, accomplit des miracles scientifiques alors que lui sont confiés des objets du passé, en provenance du monde entier, qu'il lui faut faire jaillir hors des outrages du temps.
Le laboratoire, qui va ouvrir ses portes au public lors des Journées du patrimoine, comprend cinq personnes. Mais tout le travail n'est pas accompli sur place. Ainsi, Frédérique Nicot, conservateur et restaurateur des métaux, est-elle actuellement, pour plusieurs mois, en mission à Arles, afin de travailler sur des objets prestigieux trouvés dans les eaux du Rhône et notamment un buste en marbre attribué à César (voir l'article du bas qui concerne cette découverte).

Les mêmes fouilles, datant de 2007, ont permis de mettre à jour des glaives romains dans leurs fourreaux, une barque en bois, de la vaisselle en bronze, une statue de prisonnier en bronze de 70 cm avec un genou à terre... Une exposition sera consacrée à la découverte, l'an prochain, en Arles. Ce trésor a été confié à la restauration du laboratoire dracénois. Quelle vitrine pour cet établissement !

Jacques Rebière envisage, avec la collaboration de la ville de Draguignan, d'organiser des visites de l'exposition pour le public. Puisqu'on ne peut pas voir à Draguignan les travaux du laboratoire effectués à Arles, autant transporter les Dracénois sur place. Le laboratoire s'assure désormais le partenariat de nombreuses structures et, localement, c'est le cas avec le musée des Arts et traditions populaires, dirigé par Alexandra Allione.
 (Note : un article sur ce musée paraîtra lundi dans mon blog).

"On veut aboutir à la conservation des savoir-faire, les ATP et notre laboratoire pourraient constituer des lieux de recherche et de référence", ajoute Jacques Rebière, très intéressé par les collections du musée provençal. Le laboratoire de restauration et de conservation constitue une vitrine fabuleuse du savoir-faire de ses spécialistes et s'il fallait le démontrer, il suffirait de voir le travail effectué par Françoise Mielcarek. Elle passe des heures à restaurer des objets découverts sur un site de fouilles à Aléria en Corse, dont des pièces étrusques (600 avant JC) et notamment les jambières d'un guerrier, qu'elle dégage, millimètre par millimètre, d'une couche couleur vert-de-gris. Elle révèle patiemment des motifs ciselés fabuleux. Les restaurateurs de métaux travaillent aussi sur des armes redoutables, des "machairas" d'origine ibère. Ces sabres en fer avec des inserts en acier, datés également de 600 avant JC, devaient être étudiés par les restaurateurs. C'est pourquoi ceux-ci se sont assuré la collaboration de forgerons marseillais contemporains, afin de reconstituer un fac-similé de l'arme, sur la base des objets d'origine, très abîmés. Les forgerons ont réussi à forger un "machaira", qui permettra au laboratoire de comprendre comment les guerriers de l'époque pouvaient manier ce sabre. Le fac-similé sera présenté à des escrimeurs actuels spécialisés dans les combats de gladiateurs.

"On va et on veut solliciter tous nos réseaux", martèle Jacques Rebière, qui veut faire connaître le travail et les compétences du laboratoire. Il faut savoir que les conservateurs et restaurateurs du centre archéologique s'interdisent, par déontologie, de modifier la structure même des objets qui leur sont confiés. Ils doivent faire apparaître la vérité sous la rouille et l'usure du temps, mais ne rajouteraient jamais une pièce à une relique du passé ou ne redresseraient jamais un sabre courbé ou ne superposeraient d'éléments modernes sur une structure antique.
On ne fait pas du neuf avec du vieux.
C'est une question de respect. Ce serait faire mentir l'histoire.

Dans le cadre des Journées du Patrimoine, le laboratoire de conservation, restauration et recherches du centre archéologique du Var, 19 rue Frédéric Mireur, accueillera le public samedi 20 de 14 à 17 heures et dimanche 21 septembre à 11 heures (visite guidée) et de 14 à 17 heures.

Source: Var-Matin - Edition du mercredi 17 septembre 2008.

Si vous désirez en savoir plus sur le Centre Archéologique du Var :
http://www.varcheologie.com/

 


Les trésors découverts par le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm), il y a six mois dans le Rhône, sont désormais au Musée départemental de l'Arles antique. Notamment, le fameux buste de Jules César, probablement le plus ancien jamais découvert, réalisé de son vivant, grandeur nature. "C'est un César très réaliste, marqué par le temps. On voit une calvitie naissante et ses traits sont durs" explique Luc Long, le découvreur. "Il a probablement été jeté là après son assassinat."
Ce n'est pas la seule découverte majeure effectuée par son équipe. Il y a aussi des bronzes exceptionnels et d'autres marbres monumentaux. Une statue de Marsyas, plus tardive (IIIe siècle après J.-C.) et une autre, de Neptune, ont aussi été retirées de la vase. D'autres fragments, témoignages de la richesse arlésienne, tels des chapiteaux corinthiens ou un autel, ont également été sortis du fleuve. Dans quelques mois (en 2009, à l'occasion d'une exposition), le Musée départemental de l'Arles antique les présentera au public, en même temps que d'autres trésors, découverts au fil du fleuve : un casque de légionnaire, un glaive de bronze...


Le musée de l'Arles antique.
Note de Nadine : Ce musée est magnifique.
Je l'ai visité il y a quelques années, on y passerait des heures...

Car pour ces trésors qui ont dormi plus de 2000 ans dans le limon, le temps est venu, de passer entre les mains des experts. Immergés depuis des siècles, ces vestiges ont aujourd'hui un ennemi : l'air qui accélère souvent le processus de corrosion. C'est ce qui arrive au buste de Jules César, dont on sait aujourd'hui qu'il est en marbre de Paros. Ce qui permet d'envisager très sérieusement qu'il ait été contemporain de son modèle : "il y a des fissures, sans doute liées à des ferrures qui le maintenaient en place et qui, dans l'eau, se sont corrodées", relève Jean-Bernard Memet, docteur en corrosion marine, spécialiste de conservation préventive. Arlésien, il a installé ici l'un des rares laboratoires spécialisés en la matière, avec celui de Draguignan. Son rôle est de renseigner les restaurateurs sur les techniques utilisées et prévoir le temps de traitement. Et puis, comprendre comment, quand, et où ils ont été conçus".

Un vrai boulot d'enquêteur, qui utilise les techniques de la médecine de diagnostic et celles de la police scientifique : radiographie, scanner, endoscopie, biopsie, tout y passe, avec la complicité du Commissariat à l'énergie atomique du Centre de Cadarache, qui apporte aussi sa technologie de "mesures nucléaires non intrusives".


Car il n'est pas question de dégrader d'un poil ce buste de Jules César, ou ce Marsyas en bronze d'une finesse hallucinante par exemple, dont on ne peut dater le métal. "Mais on sait qu'il a été fait selon la méthode de la cire perdue, sur une base d'argile. Il est donc possible qu'il y ait encore d'infinies particules de terre que l'on peut dater ou localiser. On peut aussi, analyser le métal : selon la teneur en plomb ou en antimoine, on peut avancer une époque de fabrication", dit Jean-Bernard Memet. Ce travail va prendre de longs mois, avant que les restaurateurs ne se mettent à l'ouvrage pour protéger des temps modernes, ces vestiges précieux que l'on doit, pour l'heure, arroser sans cesse. Puis, courant 2009, Jules César, Marsyas, Neptune et autres seront en pleine lumière au musée. Les experts eux, resteront dans l'ombre : il reste des centaines de trésors à découvrir dans le fleuve.

Sources : D'après un article paru sur La Provence.com

 

 

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