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Une affaire incroyable : Victor Ardisson, le nécrophile du Muy

par Nadine 20 Novembre 2009, 23:38 Histoire - Petites histoires de la Provence



Le Muy, vue générale

C'est au début du XXe siècle que l'affaire éclata : la police venait d'arrêter le monstre qui terrorisait le village varois du Muy, le vampire qui la nuit rôdait dans le cimetière pour fouiller les tombes ! Comment était-il fait ? Ce "loup-garou" ressemblait-il à un être humain ?
Ce qui étonna le plus les gens du Muy, c'est que le vampire n'était autre que cet homme un peu simple d'esprit, doux et serviable, que tous connaissaient : Victor Antoine Ardisson.


Victor Ardisson

Nous sommes en 1901, Ardisson a trente-trois ans, on l'appelle le "grigouio", le nigaud, le niais, le fada. Il est de petite taille, un mètre cinquante-quatre, plutôt gros, il est relativement bien soigné de sa personne. Il porte des moustaches à la mode de l'époque, ses yeux sont clairs et donnent de la douceur à son visage. Quand il accepte le travail d'aide-fossoyeur avec son père, au Muy, on dit qu'il a la tête de l'emploi. En ce début de siècle, on compte au village quatre à cinq décès par mois et ce travail ne rapporte guère.
Plus tard, on parlera des complexes d'Ardisson, de son goût pour la solitude et de la tare familiale de la famille de sa mère, Elisabeth Appolonie Porre. De famille, Victor Ardisson n'en a guère connu. Sa mère l'a abandonné alors qu'il était tout bébé et s'est le mari de sa mère, Honoré Ardisson qui a reconnu l'enfant, qui l'a élevé s'en trop prendre le temps de s'occuper de lui. Ils couchent dans le même lit, et c'est souvent qu'il faut laisser un peu de place pour la femme que son père héberge de temps en temps. Et il faut bien dire que le lit est accueillant ! Victor dort au milieu du couple. Une nuit, l'une de ces femmes s'intéressera de très près au jeune Victor...

Et puis, il faut dire aussi que l'on boit beaucoup dans cette maison du numéro 15 de la Grand Rue où Victor grandit ! Voilà qu'un jour, c'est la fête au pays. Il y a des manèges, les filles du Muy et des environs adorent les chevaux de bois... Elles y montent en relevant leurs longues jupes, et Victor à l'écart dans un coin, aperçoit les mollets de ces demoiselles ! Et les idées affluent à son cerveau, pour lui c'est une révélation : Dieu, se dit-il, que les femmes ont de belles jambes ! Désormais, il passera beaucoup de temps à se promener les jours de fête, autour des manèges, et le dimanche, devant le parapet du pont. Là aussi, les filles aiment bien s'asseoir, et là aussi, elle relèvent leurs jupes. Victor fait des classements dans sa tête, une sorte de concours de beauté où seules les jambes sont primées.


Un jour, la jeune fille que Victor Ardisson a classé en tête de tous ses concours, celles qui a les plus beaux mollets du pays, meurt. Il va aider à l'enterrer, mais la nuit qui suivra ses funérailles il reviendra au cimetière, ouvrira la fosse pour revoir une dernière fois ces jambes qui l'ont fait tant rêver. Il les caressera un long moment. Pour la première fois de sa vie, il sera parfaitement heureux. Puis, il remettra soigneusement tout en place et rentrera tranquillement chez lui. Durant six mois, chaque nuit, le même rêve le poursuivra. Il revivra dans ses moindres détails la scène du cimetière.


Alors, il finira par retourner au cimetière. L'homme courtisera ainsi plusieurs mortes. Il avouera plus tard : "Il y en avait de toutes jeunes, âgées de quatre ou cinq ans, il y en avait de cinquante ou soixante ans et toutes me procuraient le même plaisir".

Au mois d'avril 1901, Gabrielle Amélie Victoria Cauvin, morte le 28, fut souillée par le nécrophile. Cette enfant était âgée de treize ans et très jolie. Victor Ardisson voulut l'emporter, mais elle était trop lourde. Il détacha donc la tête avec un couteau qu'il avait sur lui et l'emporta tout bonnement sous son bras. Cette tête séparée du tronc subit une sorte de momification et il la conserva longtemps chez lui. Il l'embrassait en l'appelant sa "fiancée".

En septembre de la même année, Ardisson déterra la dernière de ses victimes : une enfant de trois ans et demi, Louise Léonie Martin.  Il la mit bien vite dans un sac et s'en fut la déposer dans la grenier de sa maison. Il coucha le cadavre dans la paille et la nuit, il allait la retrouver à l'insu de son père. Pendant plus d'une semaine, Ardisson assouvit ses désirs sur ce cadavre, mais la putréfaction devenait si avancée que le rectum et le vagin ne formèrent bientôt plus qu'un cloaque. Au bout de huit jours, la pestilence qui émanait de ce corps fut telle qu'il n'osa plus y toucher. C'est alors que son père Honoré Ardisson montant au grenier pour y chercher une dame-jeanne, découvrit les restes macabres de l'enfant. Il alla immédiatement prévenir les gendarmes qui vinrent arrêter son fils. Ce dernier fit des aveux spontanés et fut emmené à l'asile d'aliénés de Pierrefeu.
Avait-il seulement conscience de ses horribles méfaits ? "Je n'ai jamais fait souffrir !" dira-t-il aux médecins qui vont l'examiner à l'asile de Pierrefeu. Son métier d'aide-fossoyeur a-t-il favorisé son penchant nécrophile ? Ornella Volta, dans son livre sur le vampirisme écrit : " La nécrophilie d'occasion est le plus souvent la conséquence de certaines professions particulières. Sur vingt-trois cas de nécrophiles recensés par le docteur Epaulard en 1901 (ce médecin est celui qui a étudié Victor Ardisson), il y a quatre employés des pompes funèbres, trois étudiants en médecine, deux prêtres, deux aristocrates, deux vagabonds, deux idiots, un maréchal de France, un écrivain et trois inconnus. Il semble donc qu'une profession, qui met facilement en contact avec des cadavres, ait son importance.
Au Muy, on se refusa longtemps à croire que le monstre qui allait fouiller les tombes la nuit et sortir les cadavres de celles-ci, était un enfant du pays et pourtant... On trouvera chez lui les preuves irréfutables de ses méfaits. A l'asile de Pierrefeu, les divers médecins qui l'examineront lui feront subir quantité de tests. Il s'avérera que Victor Ardisson est l'un des plus beaux cas de son espèce ! Son goût et son odorat sont mauvais. Il mange de la viande en décomposition et en redemande ! Il ne peut distinguer l'odeur de la pourriture de celle d'un bouquet de violettes. Il est dur d'oreille et pratiquement insensible à la douleur. Cependant, il surprend ses médecins car cet être ignorant lit Jules Verne et écoute de la musique classique.
Au Muy, en ce début de XXe siècle, c'est la consternation, quelle publicité pour le pays ! Un jour, on apprendra que Victor Ardisson s'est échappé de l'asile, ce sera l'affolement. Mais, il voulait seulement revoir son village , il ne comprendra jamais comment on pouvait avoir une telle peur de lui. Il sera vite repris et ramené à l'asile de Pierrefeu où il finira ses jours.

Sources :  Pour cet article, je me suis inspirée du livre "La Provence insolite" de Christiane Maréchal et de son article sur "Le vampire du Muy" ainsi que du site Hérésie.com/article sur Victor Ardisson.

Si vous désirez en savoir plus sur cette affaire et avoir plus de détails,
je vous conseille d'aller sur :
http://www.heresie.com/ardisson.htm
 

 

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