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Quand le pain avait son écrin : la panetière

par Nadine de Trans en Provence 16 Novembre 2010, 23:00 Meubles - Objets



Panetière en noyer ciré - Collection Museon Arlaten -
Musée départemental d'ethnographie d'Arles

Une panetière est un meuble en réduction qui servait jadis à ranger et à conserver le pain. Tombée en désuétude de nos jours, son importance était considérable dans la gamme des mobiliers régionaux.

Elle est caractéristique de la France des siècles passés et jusqu’après la Première Guerre mondiale, lorsque le pain - qui constituait l’élément principal des repas d’alors - était pétri, préparé et cuit par la famille, à la maison ou dans le four communal du village. Le pain n’était souvent préparé qu’une fois par semaine et devait donc être conservé dans les meilleures conditions possibles pour qu'il reste consommable.



Panetière (Photo Nadine au Musée des ATP à Draguignan)

On trouvait des panetières sur pied, posées sur un buffet bas ou souvent suspendues contre le mur, pour être hors de portée des rats et des souris. Elle comportait deux ou trois panneaux ajourés avec des grillages ou des colonnettes de bois tourné, afin de permettre la circulation de l’air et la meilleure conservation des miches de pain.

Les plus belles et les plus originales panetières sont celles de Provence, qui ont influencé celles du Languedoc et du Dauphiné. À l’origine, la panetière était seulement une cage de bois ajourée et dotée de pieds en escargot qui permettaient de la poser sur le pétrin avec lequel elle formait un couple indissociable. Elle a supplanté la claire-voie que l'on trouvait dès le Moyen-Age accrochée aux poutres de la maison. Ce n’est qu’à partir du XVIIIe siècle que les fuseaux de bois tourné, apparaissent et remplacent les barreaux grossiers des panneaux de bois. Sur certaines panetières, la façade commence à être équipée d’une porte par laquelle la maîtresse de maison pouvait introduire ou prendre le pain.



C’est au XIXe siècle que l’art de la panetière va prendre son essor. Elle va être posée en applique et suspendue, mais conservera toujours ses pieds. Une corniche apparaît sur le dessus toujours dans le prolongement des pieds. La panetière est-elle un objet ou plutôt un bijou ? Un bijou de finesse et de beauté faudrait-il dire. Un fronton érigé de clochetons ciselés, des candelies harmonieuses et empanachées, couronnées par un gland ou une olive sculptée, la panetière n'a rien à envier au plus subtil des mobiliers. Quant à ses chauds reflets, la panetière les doit au noyer, le bois le plus souvent employé pour sa fabrication. Un bois provenant du Dauphiné, d'où il est acheminé par flottage sur l'Isère et le Rhône, les essences locales comme l'olivier, le mûrier, l'aulne et le pin étant réservées pour les fonds et les côtés du meuble.
Les panetières vont acquérir au fil du temps une richesse des formes,
soit planes ou bombées et des décors :

  • sculptures en épis de blé, d’oiseaux se becquetant, de grappes de fruits (style Louis XVI) ;
  • sculptures denses et fines à base d’éléments végétaux, feuilles et fleurs (style fleuri) ;
  • sculptures en creux ou avec des moulures linéaires se terminant par des boucles enroulées en forme de corne de bélier ou de coquillage (style de Fourques).

Dans les autres régions, hormis le Languedoc et le Dauphiné, le décor des panetières est beaucoup plus sobre, voire inexistant.



Panetière et pétrin (Photo internet)

Du buffet à la panetière, les meubles provençaux sont reconnaissables par la luxuriance et la spécificité de leur riche décoration. Ce sont les sculpteurs Pierre Puget et Bernard Toro qui mettront au point le plus beau répertoire rocaille qui soit, s'inspirant de l'architecture des villes du Midi d'alors. C'est d'ailleurs au XVIIIe siècle que le mobilier provençal connaît son apogée. A la rocaille s'allie le baroque, tout en rondeurs et en volumes galbés. Le style dit "mouvementé" se multiplie, pare les crédences, les courbes et les contre-courbes ne cessent de s'entrelacer, de se couper. L'exubérance foisonne entre Nîmes, Arles et Fourques, les trois plus grands centres de production. Des ateliers des fustiers sortent des panetières qui n'ont pas leur pareil. Si leur style fait d'abord songer au Louis XV, il n'en est rien des fines sculptures végétales qui envahissent les corniches et les traverses. Le panier de fruits en ronde-bosse le dispute à la branche d'olivier, à la coquille sage, ou encore à la corbeille de vagues et de ressacs parée.
De nos jours, au niveau du marché de l’art, les panetières les plus recherchées sont évidemment celles de Provence, avec des prix variant selon l’ancienneté du meuble, sa structure, la qualité et la densité du décor, l’état de conservation de celles-ci, la qualité et l’authenticité des ferrures.


Pétrin (Photo Nadine au Musée des ATP à Draguignan)

L'inséparable pétrin

Le pétrin est aussi appelée mastro ou pastiero en provençal.
C'est une auge en trapèze, dont le plateau est amovible, et qui repose sur un piètement en quatre montants reliés par une entretoise ou une base pleine. Il reprend fréquemment le style composite de la panetière, affirme la même volubilité dans ses rameaux feuillagés comme dans ses lyres et ses coquilles découpées.
Il faut encore citer le moulin à bluter, ou tamisadou, qui sert à séparer le son de la farine, et la trilogie du pain sera complète. Encore appelé blutoir, le moulin à bluter est un tamis cylindrique qui est actionné par une poulie. Il faut préciser que différentes toiles (coton ou soie) pouvaient être utilisées pour tamiser en fonction de la grosseur de la farine souhaitée.


Blutoir (Photo Nadine au Musée du Moulin dit
d'Alphonse Daudet à Fontvieille - Bouches-du-Rhône)

Nota
: Sur le dessus du meuble, vous voyez des mesures à grain et à l'intérieur, des tamis ou cribles à grain. Ces tamis servaient à débarrasser le grain des impuretés. En remuant l'instrument à la main par un mouvement circulaire, le grain passait par les petits trous.

Source : D'après un article paru dans le magazine "Pays de Provence" Terroirs, Patrimoine, Art de vivre - Numéro de mars-avril 2004 - et Wikipédia l'encyclopédie libre. Texte composé à partir de ces deux sources ainsi que des explications trouvées aux musées où j'ai fait mes photos.


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