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Notre-Dame des Anges au coeur des Maures

par Nadine de Trans en Provence 25 Mars 2009, 23:00 Architecture - Patrimoine



La chapelle Notre-Dame des Anges (Photo Nadine)

Au sommet du point culminant du massif des Maures, à 767 m d'altitude, au milieu des châtaigniers et des chênes-liège, la chapelle de Notre-Dame des Anges offre un point du vue sur la Méditerranée et les Alpes. Elle est bâtie sur les fondations d'une chapelle mérovingienne érigée en l'an 517 par Thierry, fils de Clovis, pour remercier la Vierge de la victoire remportée sur les Wisigoths au lieu-dit le "bourg des pins", qui deviendra le futur village de Pignans.


Cour intérieure (Photo Nadine)

La légende

Un berger qui surveillait son troupeau fut attiré par les agissements de son chien qui, au lieu de s’occuper des bêtes, les abandonnait régulièrement, s’échappait en courant et s’asseyait sur une crête qui dominait la forêt.

L’endroit résonnait durant des heures des aboiements bizarres de l’animal et là, dans les broussailles, au pied du rocher, le berger découvrit une statue "mains jointes et le visage rayonnant de joie en même temps que d'une douce majesté". Notre-Dame resta là, puis, les gens vinrent, intrigués par la découverte, afin d’enlever la statue et de l’apporter dans l’église du village. Hélas, la Bonne Vierge voulut repartir et le jour suivant on la retrouva sur la montagne au pied du même rocher où le berger découverte. Face à cette volonté évidente, les villageois décidèrent de construire une chapelle pour abriter la statue à l’endroit même où on l’avait trouvée.


Intérieur de la chapelle avec les ex-votos sur les côtés (Photo Nadine)

La dévotion

A Notre-Dame des Anges, les pèlerinages sont suffisamment importants pour attirer l’attention du Souverain Pontife. Le pape Clément VIII accorde en 1600 des indulgences plénières à tous ceux qui visiteront la chapelle.

En 1720, alors que la peste ravageait Marseille et toute la Provence, Pignans qui était sous la protection de Notre-Dame fut sauvé. A cette occasion, la ville reconnaissante fit le vœu de venir chaque année, le lundi de Pentecôte honorer sa protectrice dans son sanctuaire.

En 1753, les terres des alentours furent frappées d’infertilité à cause d'une grande
sécheresse. Les récoltes furent compromises et les arbres perdirent leurs feuilles au printemps comme cela se produit à l’automne. Les supplications et les pénitences n’ayant pas rendu le ciel plus favorable, les habitants décidèrent d’avoir encore recours à Notre-Dame. Le jour de l’Ascension, le ciel était remarquablement pur et serein. Le fait qu’il n’y eût aucun nuage n’empêcha pas les pèlerins de prendre vêtements et parapluies quand ils quittèrent le village, tant était grande leur confiance dans leur sainte patronne.

Après la cérémonie dans la chapelle, la descente de la statue se fit sous un ciel qui s’assombrissait si rapidement qu’aux abords de Pignans il y eut de véritables trombes d’eau.


Quelques uns des très nombreux ex-votos (Photo Nadine)

Les édifices

La chapelle de Notre-Dame des Anges, telle qu’elle est maintenant, est le résultat d’une reconstruction qui eut lieu en 1844. L’autel fut inauguré le 5 juillet 1853 par l'évêque, en grande solemnité.

Les pèlerins furent si nombreux que les structures se révélèrent trop petites et en 1857 commença une extension des bâtiments. Les travaux devinrent si onéreux qu’ils ne furent pas terminés. La voûte qui se trouvait sur les murs extérieurs du cloître était faite d’une seule portée et menaçait de s’effondrer. Il fallut la démolir rapidement et seuls les murs extérieurs restèrent en place.
Le cloître actuel fut construit en 1900 en utilisant les murs extérieurs qui sont les seuls vestiges de l’agrandissement de l’ancienne chapelle. Mais la construction ne résista pas aux intempéries. Les toits et les planchers se dégradèrent peu à peu. En mars 1942, le fronton s’effondra
Cependant, depuis, grâce à la générosité des pèlerins, la restauration a été achevée et le sanctuaire peut recevoir ses nombreux visiteurs.



Le crocodile de Jules Gérard (Photo Nadine)

Le 8 septembre 2000, le jour de la célébration de la Nativité de la Vierge à l’occasion de l’année jubilaire, eut lieu une autre descente de la statue à Pignans.

Chaque année, le dimanche qui suit le 15 août, le conseil paroissial, appelé autrefois "le conseil de fabrique", se rassemble autour du curé de Pignans et procède à l’élection des prieurs. Deux hommes et deux femmes sont choisis dans quatre familles habitant Pignans ou aux alentours. Ces personnes sont chargées de l’administration civile du sanctuaire pour une durée d'un an. Elles ont à charge l’organisation matérielle des pèlerinages, l’entretien de la chapelle et de ses dépendances, la gestion des finances de l’ermitage et le maintien des traditions. Cette tâche est considérée comme un grand honneur dans la région. Tout cela amène à de solides amitiés, issues de la dévotion commune envers Notre-Dame. La coutume est ancienne. Le premier document conservé depuis la Révolution date de 1806 ; l’élection était déjà faite "selon l’usage" et les noms des prieurs ont été conservés.

Dans la première moitié du XVIIIe siècle, les prieurs ont probablement succédé aux "frères pénitents" de Notre-Dame qui étaient depuis longtemps recrutés parmi les gardiens de la chapelle. Depuis juin 2001, les Frères Franciscains de l'Immaculée sont installés au santuaire de Notre-Dame des Anges.


Les ex-votos du mur latéral gauche (Photo Nadine)

A noter que la chapelle contient de très nombreux ex-votos* ainsi qu'un crocodile empaillé, don de Jules Gérard, natif de Pignans, surnommé "le tueur de lions" dont je vous parlerai dans mon prochain article. Parmi les autres ex-votos, une peinture datée de 1815 montre une femme en robe bleue agenouillée devant la Vierge qui apparaît en haute et à droite, tandis qu'à gauche du tableau, un souverain pontife est agenouillé dans une cage rectangulaire en fer. On ne sait rien de la signification de cet ex-voto, sinon qu'un tableau similaire, daté de 1812, se voit à la chapelle Notre-Dame-de-Consolation à Hyères. Malheureusement, beaucoup de ces peintures naïves ont disparu, lors de vols ou plutôt de "nettoyages" intempestifs dûs à des curés inconscients. On se souvient encore ici de l'une d'elles, qui faisait la joie des visiteurs : elle représentait un chasseur de Pignans dont le fusil avait éclaté au moment où il appuyait sur la gâchette. Le chasseur, en position de tir, était environné de flammes, mais, du haut du ciel, l'enfant Jésus, dans les bras de sa Mère, faisait pipi sur le fusil...
A préciser que tout à côté du sancturaire, s'élève une tour gigantesque de 50 m de haut qui abrite un relais de télévision.


Source : D'après le site internet du diocèse de Fréjus-Toulon ainsi que le Guide de la Provence mystérieuse par Jean-Paul Clébert.


Relais de télévision (Photo Nadine)

 
Les antennes (Photo Nadine)

* Qu'est-ce qu'un ex-voto ?

Du latin ex "à la suite de" et votum, "voeu", littéralement "à la suite d'un voeu". Cela peut être un tableau, une figure, un objet ou une inscription que l'on place dans un lieu vénéré, en mémoire d’un vœu fait dans une maladie, dans un péril ou en remerciement d’une faveur divine obtenue.





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