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Le marquis de Sade

par Nadine de Trans en Provence 28 Juin 2009, 22:00 Personnages



On ne possède aucun portrait de Sade à l’exception d’un profil du jeune marquis dessiné par Charles van Loo vers 1760. Les dépositions du procès de Marseille le montrent à trente deux ans "d’une jolie figure, visage rempli", élégamment vêtu d'un frac gris doublé de bleu, portant canne et épée au côté.


Jean Baptiste François, comte de Sade, père du marquis

Donatien Alphonse François, marquis de Sade naît à Paris le 2 juin 1740 à l’hôtel de Condé. Il est le fils de Jean Baptiste François, comte de Sade, héritier de l'une des plus anciennes familles de Provence, seigneur de Saumane et de La Coste (orthographe de l'époque), coseigneur de Mazan, et de Marie Éléonore de Maillé de Carman, parente et dame de compagnie de la princesse de Condé. Baptisé à l'église Saint-Sulpice, les parents, le parrain et la marraine s’étant fait représenter par des officiers de maison, il reçoit par erreur les prénoms de Donatien Alphonse François au lieu de Donatien Aldonse Louis.

A dix ans, il entre au collège Louis le Grand dirigé par les pères jésuites qui est alors l'établissement le mieux fréquenté et le plus cher de la capitale. Les représentations théâtrales organisées par les pères sont sans doute à l’origine de la passion de Sade pour l’art de la comédie et la littérature dramatique.



A 14 ans, il entre à l’École des chevau-légers de la garde du roi, en garnison à Versailles. Sous-lieutenant un an plus tard, il participe à la guerre de Sept ans contre la Prusse. Il y brille par son courage, mais aussi par son goût pour la débauche et la luxure. Revenu avec le grade de capitaine, il fréquente des actrices de théâtre et des courtisanes. Son père, pour y mettre fin, cherche à le marier au plus vite.
Le 17 mai 1763, le mariage du marquis et de Renée-Pélagie Cordier de Montreuil, fille aînée d’un président à la cour des Aides de Paris, de petite noblesse de robe, mais dont la fortune dépasse largement celle des Sade, est célébrée à Paris en l'église Saint-Roch. Il ne s'en assagit pas pour autant et, dans la même année, fait son premier séjour en prison pour "débauches outrées" au donjon de Vincennes.


Donjon du château de Vincennes

Sa femme, Renée-Pélagie aima son mari tant qu’elle le put, jusqu’au bout de ses forces. Mais le marquis avait le vice dans la peau.
En 1768, il est à nouveau incarcéré six mois pour avoir entraîné dans sa maison d'Arcueil, une jeune veuve du nom de Rose Keller, pour la fouetter jusqu’au sang et la contraindre, le dimanche de Pâques, à des pratiques blasphématoires.
En 1769, il est en son domaine de La Coste où il donne des fêtes et des bals, il voyage en Italie, notamment avec sa jeune belle-sœur de 19 ans, Anne-Prospère de Launey, chanoinesse séculière chez les bénédictines, avec laquelle il aura d'ailleurs une liaison violente et passionnée (Nota : une chanoinesse séculière ne prononce pas ses voeux et peut donc se marier et entrer dans le monde si elle le désire).


De nos jours, le château de Lacoste est en ruine

Le scandale éclate à nouveau en juin 1772 à Marseille. Il ne s’agit plus cette fois d’une fille mais de quatre. Le marquis a proposé à ses partenaires de plaisir des pastilles à la cantharide, substance qui a des propriétés aphrodisiaques. Deux filles se croient empoisonnées, les autres sont malades. La participation active du valet justifie l’accusation de sodomie, punie alors du bûcher. La condamnation du parlement de Provence est cette fois la peine de mort pour empoisonnement et sodomie à l'encontre du marquis et de son valet. Sade s’enfuit en Italie avec sa jeune belle-soeur. Les amants sont à Venise fin juillet, ils visitent quelques villes d’Italie, puis la chanoinesse rentre brusquement en France à la suite d’une infidélité du marquis. Ce dernier a fixé sa résidence en Savoie, mais le roi de Sardaigne le fait arrêter le 8 décembre 1772 à la demande de sa famille et incarcérer au fort de Miolans. Mme de Sade achète les gardiens et le fait évader le 30 avril 1773. Réfugié clandestinement dans son château, le marquis échappe aux recherches, prenant le large quand il y a des alertes. Le 16 décembre 1773, un ordre du Roi enjoint au lieutenant général de police de s’assurer de sa personne. Dans la nuit du 6 janvier 1774, un exempt suivi de quatre archers et d’une troupe de cavaliers de la maréchaussée envahit le château, mais en vain, le marquis est introuvable. En mars, Sade prend la route de l’Italie, déguisé en curé.

La marquise et sa mère travaillent à obtenir la cassation de l’arrêt du parlement d’Aix, mais une autre affaire va bientôt éclater...


Il a engagé à Lyon et à Vienne des domestiques. Ce sont cinq très jeunes filles et un jeune secrétaire ainsi que trois autres filles d’âge et d’état à ne point être recherchées par leurs parents auxquelles s’ajoute l’ancienne domesticité. Mais cependant, les parents déposent une plainte pour enlèvement fait à leur insu et pour séduction. Une procédure criminelle est ouverte à Lyon. Le scandale est cette fois étouffé par la famille, mais l’affaire des orgies avec les petites filles va laisser des traces. Le marquis a joué du canif avec elles. Une des enfants, la plus endommagée, est conduite en secret à Saumane chez l’abbé Jacques-François de Sade, l'oncle du marquis, qui se montre très embarrassé de sa garde et par les propos de la petite victime, qui accuse nettement son neveu. Une autre fille, Marie Tussin, du hameau de Villeneuve de Marc, a été placée dans un couvent de Caderousse, d’où elle se sauvera quelques mois plus tard. Le marquis prépare une réfutation en règle de ce qu’a dit l’enfant confiée à l’abbé, mais elle n’est pas la seule à avoir parlé. Les fillettes d’ailleurs n’accusent point la marquise et parlent au contraire d’elle "comme étant la première victime d’une fureur qu’on ne peut regarder que comme folie". Leurs propos sont d’autant plus dangereux qu’elles portent, sur leurs corps et sur leurs bras, les preuves de leurs dires. Pour changer d'air, le marquis reprend la route de l'Italie le 17 juillet 1775 sous le nom du comte de Mazan. Il reste à Florence jusqu’au 21 octobre, puis se rend à Rome. De janvier à mai 1776, il est à Naples. Mais il s’ennuie en Italie. Son retour en août à La Coste fait surgir de nouvelles menaces. Le 17 janvier, le père d’une jeune servante vient réclamer sa fille et tire sur Sade. Contre les avis de son entourage provençal, le marquis décide de se rendre à Paris fin janvier.



Gravue représentant Sade en prison

Il est arrêté dans la capitale le 13 février 1777 et incarcéré au château de Vincennes par lettre de cachet, à l’instigation de sa belle-mère, Madame de Montreuil. Cette mesure lui évite l’exécution, mais l’enferme dans une prison en attendant le bon vouloir du gouvernement et de la famille. Or la famille a maintenant peur de ses excès. Elle a soin de faire casser la condamnation à mort par le parlement de Provence mais sans faire remettre le coupable en liberté. Le marquis profitera de son transfert à Aix pour s’évader une nouvelle fois et se réfugier à La Coste où il sera repris au bout de quarante jours.
Sade a trente-huit ans. Il restera onze ans enfermé au château de Vincennes puis à la Bastille. Il a droit à un traitement de faveur, payant une forte pension. Madame de Montreuil et sa famille attendent de lui une conduite assagie pour faire abréger sa détention. Ce sera tout le contraire : altercation avec d’autres prisonniers dont Mirabeau, violences verbales et physiques, menaces, lettres ordurières à sa belle-mère et même à sa femme qui lui est pourtant entièrement dévouée.
Pour tromper son ennui, il écrit des pièces de théâtre et des romans. A la Bastille, il commence la rédaction des Cent vingt journées de Sodome ou l'Ecole du libertinage (1785) puis, deux ans plus tard, Les infortunes de la vertu et Aline et Valcour.


Gravure du livre Aline et Valcour

En juillet 1789, dix jours avant la prise de la bastille, il est transféré à Charenton, dans un asile de fous. Il doit abandonner sa bibliothèque de six cents volumes et tous ses manuscrits.
Il recouvre la liberté, accordée à toutes les victimes de lettres de cachet, en 1790. Sa femme, lasse de ses violences, obtient la séparation. Ses deux fils émigrent. Pour survivre dans le Paris révolutionnaire car tous ses biens, en Provence, ont été pillés et mis sous séquestre, il cherche à faire jouer ses pièces, se lie avec une jeune actrice, Marie Constance Quesnet, qui lui restera fidèle jusqu'au bout. Justine ou les malheurs de la vertu est publié, anonymement, en 1791.
Pour faire oublier ses origines nobles, il milite dans la section révolutionnaire de son quartier. Mais son zèle n'est-il pas assez convaincant ? Fin 1793, il est arrêté et condamné à mort. Oublié dans sa geôle à la suite d'une erreur administrative, il échappe à la guillotine et libéré en octobre 1794.


Vivant chichement de ses écrits, il publie en 1795 La philosophie dans le boudoir, La nouvelle Justine et Juliette. Justine et Juliette sont deux sœurs, l'une incarnant la vertu, l'autre le vice, qui subissent des aventures où la luxure le dispute à la cruauté. La presse l'accuse d'être l'auteur de l'infâme roman Justine. En 1801, la police saisit ses ouvrages chez son imprimeur. On ne lui pardonne pas sa violence érotique, son délire du vice, sa pornographie. Sans jugement, par simple décision administrative, il est enfermé dans l'asile de fous de Charenton. Il va, qualifié de "fou" mais parfaitement lucide, malgré ses suppliques et ses protestations, y mourir le 1er décembre 1814 sans jamais retrouver la liberté. Cet esprit libre, à 74 ans, en aura passé 30 en prison.
Ses descendants refuseront de porter le titre de marquis, et il faudra attendre le milieu du XXe siècle pour que son œuvre, dans laquelle il a ouvert la voie à la psychologie sexuelle moderne, soit réhabilitée.


Portrait imaginaire du XIXe siècle de Biberstein :
Sade soumis aux quatre vents des suggestions diaboliques

Nota : Le néologisme "sadisme", formé d’après son nom, est apparu dès 1834 dans le Dictionnaire universel de Pierre Claude Victor Boiste comme "aberration épouvantable de la débauche : système monstrueux et antisocial qui révolte la nature".

Source : En partie, Wikipédia, l'encyclopédie libre ainsi que des renseignements
glanés sur internet.


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