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L'ermite de Gréoux prétendait être Louis XVII évadé du Temple

par Nadine de Trans en Provence 1 Novembre 2009, 23:00 Histoire - Petites histoires de la Provence



Chapelle Notre-Dame-des-oeufs à Gréoux (Photo internet)

On le connaissait sous le nom de Faure. On l'appelait l'ermite, parce qu'il vivait à l'Ermitage de Notre-dame-des-Oeufs, sur la rive gauche du Verdon . On savait qu'il était au pays depuis toujours, quand à savoir d'où il venait exactement et pourquoi il avait choisi Gréoux et Notre-dame-des-Oeufs, personne n'en savait rien...

Vers 1850, la silhouette de l'ermite était familière à tous. Quand on le voyait passer, on lui faisait de petits signes d'amitié pour lui prouver qu'on ne lui tenait pas rigueur d'avoir répandu dans le pays la plus folle des histoires. A savoir que lui, l'ermite, le marchand de simples, qui été comme hiver s'habillait d'un frac de toile de sac et se chaussait d'espadrilles ferrées, se disait être Louis XVII miraculeusement évadé de la prison du Temple !


Louis XVII à la prison du Temple
par Madame Louise-Elisabeth Vigée-Lebrun

Oui, je suis Louis XVII, racontait l'ermite, pour peu que l'on lui offre un bon repas. C'est ma faiblesse, la bonne chère me rappelle ma jeunesse à Versailles. Il en rajoutait en donnant quantité de détails sur le roi, la reine, sa soeur Marie-Thérèse et sur sa tante Elisabeth. Il parlait aussi de Simon le savetier et de sa femme.


Louis XVII est séparé de sa mère Marie-Antoinette

On s'amusait à écouter les divagations de l'ermite de Gréoux. Après tout, il ne faisait aucun mal à personne. Mais que n'allait-il pas inventer tout de même ! "Les Simon m'avaient acheté des oiseaux, parce que j'avais beaucoup de chagrin d'avoir quitté ma mère " disait-il. Si personne ne s'intéressa jamais à l'ermite, d'où celui-ci tenait-il ces propos sur les Simon ? (Nota : Après le 3 juillet 1793, Louis XVII est enlevé à sa mère et mis sous la garde du cordonnier Antoine Simon et de sa femme, qui résident au Temple. Le but est alors de faire de lui un petit citoyen ordinaire et de lui faire oublier sa condition royale).

Il n'y aucune enquête sur Faure. L'homme s'excusait de manquer de preuves : "Comment
vouliez-vous que je fasse ? Après le départ des Simon, j'étais surveillé par quatre commissaires que l'on changeait tous les soirs. Et puis, on ne m'a plus permis de sortir de ma chambre jusqu'au jour de mon évasion".

Il est vrai que le jeune Louis XVII fut, après les Simon, confié à la garde de quatre commissaires. Vrai aussi qu'à partir du 30 janvier 1794, et durant six mois, plus personne n'entra chez le "petit Capet " et que celui-ci recevait sa nourriture par une minuscule ouverture pratiquée dans la porte de sa geole. Comment Faure pouvait-il connaître ces détails ?

Sur toutes les questions relatives à son évasion le vieil ermite gardait le silence. "Je ne veux pas compromettre ceux qui m'ont aidé " avoua-t-il. Mort officiellement en 1795, soixante cinq ans plus tard l'ermite protégeait encore ses sauveurs !


Marie-Thérèse de France dite Madame Royale

Jamais dans la région, on ne crut un seul instant le pauvre ermite. Pourquoi n'avait-il pas cherché à rencontrer "sa soeur" ? "J'ai tellement changé, elle ne m'aurait pas reconnu" répondait-il en secouant la tête. Et Madame Royale, duchesse d'Angoulême, n'entendit jamais parler de ce prétendu frère. D'abord, n'avait-on pas voulu lui offrir le coeur, bien conservé de l'enfant du Temple ? N'était-elle pas allée jusqu'à l'hospice des incurables, pour y rencontrer la veuve Simon ?

Celle-ci lui avait dit : "Le 9 janvier 1794, on a amené au Temple une voiture contenant une malle d'osier à double fond, un cheval de carton et d'autres jouets pour l'enfant prisonnier..."

Sous la Restauration, interrogée par la police, la femme répétera inlassablement qu'elle ne pouvait rien dire ! Madame Royale croyait-elle que son frère ait pu échapper à la mort et qu'un autre enfant avait été enterré à sa place, dans la soirée du 10 juin 1795, au cimetière Sainte Marguerite ? Elle mourut à soixante treize ans, en murmurant: "Saints Anges, protégez mon neveu et sauvez la France ".


Quant à l'ermite de Gréoux, il continua à vivre bien tranquillement à Notre-Dame-des- Oeufs. En apprenant la mort de la Dauphine, il avait dit simplement : "Ma pauvre soeur, je l'aimais bien !" Puis il était resté trois jours en prières dans la chapelle de l'Ermitage, il avait alors soixante-six ans. Il connaissait tous les secrets des herbes. Il savait ces choses, l'ermite de Gréoux, tout ce qu'à Versailles les rois ne connaissent pas. Faure vécut jusqu'à l'âge de soixante-quinze ans toujours vêtu de son froc de toile à sac et de ses espadrilles ferrées.

Un jour, on le trouva mort et il n'y eut personne pour le pleurer .Quand on porta l'ermite en terre, cela se fit sans fanfares ni drapeaux . Il fut enterré aussi discrètement que l'avait été un petit garçon de dix ans, une nuit d'été de 1795. Voilà, le vieil homme, l'ermite un peu fada qui se prenait pour un roi était mort. On s'était bien amusé à l'écouter ! Et c'est ainsi qu'un roi de France dort peut-être en Provence,
bercé par le chant des cigales, pour l'éternité.
Mais d'où venait-il et qui était-il ? Personne ne le saura jamais...

Source : D'après Provence insolite - Christiane Maréchal

Louis XVII est le nom donné à Louis Charles de France (27 mars 1785 - 8 juin 1795), second fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, duc de Normandie puis dauphin de France. Suivant l'ordre dynastique, il est reconnu comme Roi de France à la mort de Louis XVI de 1793 à sa mort à la Prison du Temple à l'âge de 10 ans en 1795.
L'enfant mort dans la prison du Temple, le 8 juin 1795, était-il bien Louis XVII, héritier du trône et fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette ? Sur sa mort, les rumeurs les plus folles ont couru : échanges d'enfants, prétendants surprise, impostures et retournements de situations… Durant plus de deux siècles, le mystère a perduré.
Où en est-on aujourd'hui ?



Acte de décès de Louis Charles Capet le 24 prairial de l'an III


Les tribulations du coeur de l'enfant

Au moment de l'autopsie, en 1795, le docteur Phlippe-Jean Pelletan, médecin-légiste, parvient à subtiliser le cœur de l'enfant avant que le corps ne soit recousu. Il le conserve dans une urne de cristal, où a été versé de l'esprit-de-vin (alcool éthylique). Dix ans plus tard, tout l'alcool présent dans l'urne s'est évaporé. Le coeur connaît alors une destinée troublée : volé par l'un des élèves du médecin, il lui est restitué avant d'être remis à Mgr de Quelen, archevêque de Paris. A la fin du mois de juillet 1830, le cœur est pris par un insurgé lors des manifestations de Juillet. L'urne renfermant le cœur se brise et le cœur est perdu dans la cour de l'archevêché. L'insurgé, ayant conservé les documents qui accompagnent le cœur, connaît sa provenance. Il décide alors d'avertir le docteur Pelletan fils de la perte du coeur, ce dernier le retouve miraculeusement sous un tas de sable. À la mort de Philippe-Gabriel Pelletan, en 1879, le cœur entre en la possession de l'un de ses amis, Prosper Deschamps. Après de nombreuses aventures, la relique est finalement donnée au roi Don Carlos d'Espagne, le plus proche parent des Bourbons, en 1895, à l'occasion du centenaire de la mort de Louis XVII. Près d'un siècle plus tard, en 1975, les Bourbons d'Espagne remettent le cœur au duc de Bauffremont, président du Mémorial de France à Saint-Denis.



Le coeur de Louis XVII conservé dans une urne de cristal

La science a tranché

En avril 2000, des tests ADN sont pratiqués par deux laboratoires de renommée internationale. Les experts, le professeur Jean-Jacques Cassiman de la KU Leuven en Belgique et le docteur Berndt Brinkmann de l'université allemande de Münster, analysent le cœur en comparant son ADN à celui de la reine Marie-Antoinette.
Le verdict tombe : le cœur est celui d'un membre de la même famille.
Les conclusions des recherches sont présentées à la presse le 19 avril 2000 et exposées dans le livre de l'historien Philippe Delorme, "Louis XVII, la vérité".
Le 8 juin 2004, les restes de l'enfant royal sont déposés dans l'ancienne nécropole royale de la basilique de Saint-Denis. La cérémonie est organisée par le Mémorial de France à Saint-Denis et présidée par le plus proche parent actuel du Dauphin, c'est-à-dire, le prince Louis de Bourbon. Sont présents de nombreux membres de la famille des Bourbons mais aussi plusieurs ambassadeurs et personnalités célèbres. Pour la plupart des spécialistes, l'analyse ADN du cœur, conjuguée avec l'enquête menée sur son origine et ses tribulations, est suffisante pour attester de la mort du prince au Temple.
Mais pour certains, des doutes subsistent toujours.


Source : L'internaute Magazine


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