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L'âge du travail dans le département du Var en 1840

par Nadine de Trans en Provence 9 Août 2010, 22:00 Coutumes - Folklore - Traditions

 

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Le premier âge commence de bonne heure à la campagne, dès que les enfants ont atteint leur cinquième année, on les emploie sans distinction de sexe à garder les bêtes de labour dans les pâturages et les troupeaux de volailles dans les friches. Quelques-uns vont sur les chemins ramasser de la paille pour litière ou des crotins de gros bétail. Les petites filles s'occupent de quelques travaux légers dans l'intérêt du ménage. Ces différentes occupations toujours lucratives pour les familles de la campagne, empêchent d'envoyer leurs enfants aux écoles. On voit tous les jours de bonnes gens préférer unn panier de crotin à l'enseignement gratuit qu'on offre à leurs enfants en bas âge. Plus tard, il leur est de toute impossibilité de les accepter, car à 18 ans les jeunes garçons commencent à bêcher la terre et à conduire la charrue dans les terrains légers et les jeunes filles travaillent moyennant la moitié du salaire qu'on donnerait à une femme. D'ailleurs c'est à cet âge que les enfants contractent l'amour et l'habitude d'un travail pénible et fatiguant, mais le plus souvent précieux à la société. Il est reconnu que l'enfant d'un cultivateur, s'il fréquente l'école jusqu'à 15 ans va abandonner la culture des terres pour se faire artisan ou il est toute sa vie un bien faible cultivateur, à moins qu'il ne laboure que son propre champ. De là viennent tant de personnes oisives qui dans les communes rurales sont pendant le jour des piliers de cabarets et pendant la nuit des ravageurs de campagne et des maraudeurs.  

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A 22 ans, l'homme des champs possède sa plus grande force. Cette époque est devancée de deux ou trois ans pour les femmes et il est ordinaire de voir des filles de 14 ans, bêcher, labourer, enfin exécuter les travaux les plus rudes. Cet usage est général dans les pays maritimes, où la plupart des hommes, élevés pour la mer, laissent aux femmes la culture des terres. A 50 ans, l'affaiblissement commence. Il est très marqué à 60 ans, c'est l'âge où le cultivateur dans l'aisance ne s'occupe plus que des travaux légers et dans les saisons tempérées.

Enfin, à 70 ans, les forces ne suffisent plus à un travail rude et surtout continu. La journée du cultivateur à cet âge est à un très bas prix, et si contraint par le besoin, il continue de vendre sa sueur, il est renvoyé aux ouvrages affectés aux femmes et aux enfants et payé à peu près à leur taux [...].

 

Faucheur

 

Dans le département du Var, la population repose principalement sur les produits territoriaux et en suit les inconvénients. Ceci parce que l'agriculture emploie beaucoup de bras, qu'elle nourrit ou salarie beaucoup d'individus. Mais aussi parce que la substance générale est due à ses productions ou payées par leur prix, et parce qu'étant la source principale des revenus, l'agriculture règle la consommation en objets de luxe ou de commodité, et par conséquent les bénéfices de l'industrie et même ceux du commerce. La classe des propriétaires est donc la première du département parce que son climat privilégié, permet plusieurs sortes de cultures et se prête à une grande division des terres. Nous citerons la culture des oliviers sur plus de la moitié de sa superficie et celles des vignes sur les 4/5e, si l'on excepte les zones de la région froide dont les principes sont dégarnis de terres végétales.

  

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Dans les héritages de qualité étendue, l'industrie renfermée dans un cercle étroit, se porte vers une meilleure exploitation, la charrue est bannie parce qu'ils ne comportent pas un capital de bêtes de labour, la pioche et le piochon soulèvent seuls la terre et procurent des récoltes plus abondantes. C'est ainsi qu'à Grasse, Antibes où les sols couverts de vignes et d'oliviers sont en pente et ne permettent plus l'usage de la charrue, que la production, à superficie égale, est plus grande et plus assurée que dans ceux que le soc ouvre encore. Chaque famille, même celle réputée pauvre recueille de quoi se nourrir à une époque où les travaux de la campagne sont suspendus. Aussi on voit peu de mendiants dans le département. Ceux qu'on aperçoit parfois allant de porte en porte sont des journaliers étrangers, mendiant sur leur route jusqu'à ce qu'ils soient parvenus aux lieux où les travaux les appellent. Le plus souvent se sont des familles génoises ou piémontaises qui vont chercher fortune à Marseille ou dans une autre ville.

 

Sources : Histoire et statistiques du département du Var - Etienne Garcin - 1840.

 

 

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