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Le corail de Méditerranée

par Nadine de Trans en Provence 3 Avril 2012, 22:00 Coutumes - Folklore - Traditions

 

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 Un grand panier de sardines sous un bras, le poing sur la hanche, la balance romaine accrochée à la ceinture, la poissonnière du quartier Saint-Jean est l’un des personnages les plus caractéristiques du peuple marseillais et l’un des premiers a avoir été immortalisé par les santonniers. Un tablier de grosse toile de chanvre protège son beau cotillon d’indienne, un grand châle est croisé devant, les pointes passées dans la ceinture, les barbes de sa coiffe toujours dénouées flottent au vent et ses oreilles, sa gorge et ses mains s’ornent de bijoux d’or filigranés, enchâssant de ravissants camées de corail. Elle est napolitaine ou sa mère l’était ou sa grand-mère avant elle. Et son frère, son père ou son grand-père était pêcheur ou corailleur. Depuis des siècles, le corail fascine, par sa couleur couvrant toutes les nuances de l’orange, du rose pâle au rouge sang, par sa forme en arbre miniature, par sa provenance puisqu’il faut aller le chercher dans les profondeurs de la mer. A la fois animal, végétal et minéral, le corail a acquis un très grand pouvoir magique. Il protége de la foudre, éloigne la haine, la jalousie, défait les sortilèges, anéantit les peurs et les cauchemars. Tous les peuples de la Méditerranée ont de tous temps mêlé le corail à leurs trésors et à leurs parures. Mais les corailleurs napolitains et siciliens furent certainement les plus célèbres.

 

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Et le corail fit la fortune et la prospérité de petites villes de Sicile où, à partir du XVIe siècle, s’était établie une brillante tradition de travail du corail. De splendides objets d’art furent produits pour les plus nobles familles et les plus prestigieuses cours d’Europe. Le XVIIe siècle connut l’apogée de l’art du corail en Europe, tant ce matériau précieux, aux formes naturelles, se prêtait à l’expression fantasque de l’âge baroque. Le XVIIIe siècle lui préféra l’éclat des perles et des diamants et l’art du corail déclina peu à peu. Au XIXe siècle, les élégantes et jolies demoiselles des villes boudaient le corail, de peur de passer pour des "filles ou femmes d’artisans de province". C’étaient bien les artisanes, les revendeuses de légumes, les bouquetières et les riches poissonnières du quartier Saint-Jean qui continuaient de se parer fièrement de ces bijoux rouges. Les corailleurs marseillais se recrutaient sur le quai Saint-Jean, parmi la population d’émigrés napolitains. Les plus importants gisements de corail en Méditerranée se situaient autour de la Sardaigne et de la Corse. Comme Naples et Barcelone, Marseille avait développé le commerce et le travail du corail brut. Dans une quantité d’échoppes éparpillées autour du port, on sculptait les petits arbres orange pour les transformer en perles à enfiler, en croix, en camées ou en amphores. Puis d’autres artisans les montaient dans de légers filigranes d’or, et ces bijoux simples et charmants étaient vendus dans toute la Provence.

 

Source : Couleurs de Provence – Michel Biehn - Flammarion

 

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