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Superstitions et remèdes de bonne femme

par Nadine de Trans en Provence 22 Avril 2012, 22:00 Coutumes - Folklore - Traditions

 

Quand on quitte la gare de Sanary, sur le chemin de fer de Nice à Marseille, à neuf kilomètres environ de Toulon, et qu'on se dirige vers le village d'Ollioules, on rencontre, à une centaine de mètres de la voie, sur le bord d'un petit sentier rural, un chêne dont le tronc présente une disposition assez bizarre. A un endroit donné de sa hauteur, il est partagé en deux, par une fente de plus d'un mètre de longueur, de trois à huit centimètres d'ouverture, comme s'il était constitué par deux branches qui, après s'être séparées, se seraient réunies de nouveau. Cette disposition n'est pas un jeu de la nature, mais bien l'oeuvre de l'intervention humaine ; en y regardant de près, on voit que, primitivement, le tronc de cet arbre a été fendu en deux, et que l'hiatus est le résultat de la cicatrisation accidentelle d'une partie de la fente. Il n'est pas rare de rencontrer dans les champs, en Provence, des arbres qui présentent cette disposition. Ce sont le plus souvent des chênes, mais cependant on constate que des frênes, des noyers, des ormes, des peupliers, des pins même, ont été ainsi fendus intentionnellement, puis ont été entourés d'un lien, pour que les parties séparées se réunissent.
Quand on cherche à savoir pourquoi certains arbres ont été ainsi traités, on ne tarde pas à apprendre que c'est parce qu'ils ont servi à la pratique d'une vieille superstition des paysans provençaux, qui croient fermement qu'en faisant passer, à un moment donné, un enfant à travers un tronc d'arbre fendu, on peut le guérir de telle ou telle maladie.
C'est surtout contre les hernies des petits enfants que ce passage à travers le tronc d'un arbre est considéré comme efficace. Voici comment la crédulité publique conseille de procéder : il faut prendre un jeune arbre d'apparence bien vigoureuse, le fendre dans sa longueur, sans l'arracher ni pousser la fente jusqu'aux racines, puis, écartant les deux parties de l'arbre, faire passer entre elles, à trois ou sept reprises différentes, dans une même séance, le petit hernieux.
Une fois cela fait, les deux portions de la tige sont rapprochées très exactement et maintenues en contact à l'aide d'un lien très fortement serré. Si ces parties se recollent bien, et que l'année d'après l'arbre a repris la solidité de sa tige, l'enfant est guéri ; si, au contraire, la fente ne s'est pas soudée, on peut prédire que l'enfant restera hernieux toute sa vie !
Il est une autre manière d'agir qui est encore plus singulière, et qui cette fois ne touche en rien, aux choses de la religion. Je veux parler du remède populaire de quelques Provençaux pour guérir le "coburni" (la coqueluche) d'une manière certaine et infaillible, si on en croit les bonnes femmes. Pour obtenir cette guérison de la coqueluche, il faut faire passer l'enfant sept fois de suite sous le ventre d'un âne, en allant de droite à gauche, et sans jamais aller de gauche à droite ; car si on oubliait cette précaution, les passages en sens inverse se neutralisant, on n'obtiendrait pas le résultat désiré.
Dans certains villages, il y a des ânes plus ou moins renommés pour leur vertu curative. Il y a quelques années, il y en avait un au Luc (Var) qui jouissait d'une telle réputation, que, non seulement il servait à tous les enfants de la localité, mais encore les enfants de Draguignan et même de Cannes, étaient, maintes fois, amenés au Luc, c'est-à-dire faisaient un voyage de plus de soixante kilomètres, pour bénéficier du traitement.
Enfin, je ne dois pas oublier de rapporter ici une variante de cette pratique et qui ne manque pas d'originalité. Dans beaucoup de villages de Provence, le jour de Saint-Eloi, après avoir fait bénir les bêtes, il y a une procession dans laquelle la statue du saint est portée sur l'épaule de quatre vigoureux gaillards. Pendant que cette procession est en marche, on voit nombre de paysans et de paysannes armés d'un bâton au bout duquel ils ont attaché un petit bouchon de paille, s'approcher de la statue, se glisser entre les quatre porteurs et, passant leur bâton par dessous le brancard, vont frotter la face du saint avec ce bouchon de paille, habituellement des brins d'avoine sauvage. Cette paille a dès lors la propriété de guérir les animaux malades ; aussi est-elle conservée avec soin dans la maison comme un remède miraculeux. Dans les villages de Signes et de La Cadière près de Toulon, c'est à la procession de la fête de l'Ascension, dite procession des vertus, que cette pratique se fait.

 

Source : D'après "Superstitions et survivances" - 1896

 

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