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Le toponyme Draguignan

par Nadine de Trans en Provence 28 Février 2012, 23:00 Patronymes - Toponymes

 Draguignan.gif

 

Draguignan apparaît mentionnée pour la première fois en l'an 909 sous la forme latinisée Dragonianum. Il y a trois hypothèses anciennement formulées pour expliquer le toponyme :

Première hypothèse :

Selon la légende, le lieu serait né de la lutte contre un dragon (draconem), qui figure sur les armes médiévales de la ville. L'interprétation est en accord avec la légende de l'évêque d'Antibes, le pieux Hermentaire qui aurait combattu victorieusement vers l'an 400 un dragon ailé. Les latinistes expliquent alors que Draco dénomme ce dragon vaincu et que la terminaison guinum est relative aux habitants. La lutte entre un saint et un dragon, qui représente le païen non converti ou plus largement les forces du mal, est une allégorie classique dans l'histoire de la chrétienté.

Deuxième hypothèse :

L'abbé Raymond Boyer, prenant le contrepied de la tradition médiévale de la ville elle-même, explique que c'est à l'époque romaine que s'est formé le nom de Draguignan. Tous les textes médiévaux proposent la forme latine Dragonianum , parfois Draguinianum ou des variantes mineures suffixées en -anum. Or, les noms de lieux terminés en -anum désignent très souvent un domaine rural gallo-romain dont l'appellation est tirée du nom du propriétaire suivi de la terminaison -anum. Dragonianum doit ainsi dériver d'un anthroponyme Draconius.

Troisième hypothèse :

 Les toponymistes Albert Dauzat et Charles Rostaing réconcilient en partie les deux points de vue. Partant des mêmes prémices et en se basant sur une autre forme ancienne Drogoniano, attestée après 909, ils expliquent que ce toponyme suggère le nom d'un homme latin, Draconius, masculin de draconia qui serait un surnom tiré du draco, le dragon, auquel a été ajouté le suffixe -anum marquant le nom d'un domaine.

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Les toponymistes d'aujourd'hui, basant leurs analyses sur le latin médiéval et la connaissance paysanne tardive des lieux par une triviale observation visuelle, se méfient toujours du découpage systématique. Tout au plus peuvent-ils proposer la prudence en évoquant phonétiquement draganae un nom proche de peuple ligure et faire remarquer que drac semble désigner la rivière ou la vallée torrentueuse en ligure, vieille langue indo-européenne. Si le toponyme de ce lieu modeste est plus ancien que l'époque romaine, il provient du monde ligure ou mixte associant Ligures et Celtes. Sans preuve linguistique, le toponyme indiquerait un lieu habité, de passage aisé à travers la vallée, un gué pratique sur la rivière. Les vocables pseudo-latins des guides ou dépliants touristiques : Griminum, Ingrimaldum, inventés jadis de toute pièce tout comme Dracenae, autre forme qui a donné l'adjectif d'appartenance "dracénois" sont fortement incertains, voire inventés de toutes pièces. Il faut rejeter, également, tout rapprochement avec le nom d'Arquinaut, habitat médiéval proche du village de Tourtour. Tant pis, donc, si le nom de Draguignan a une origine moins pittoresque que celle qui provient de la légende du dragon.

 

Source : Texte d'après l'abbé Raymond Boyer, centre Archéologique du Var.

 

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Photo du dragon dracénois trouvée sur le blog :

"Les archives du savoir perdu" dont je vous donne le lien :

http://lesarchivesdusavoirperdu.over-blog.com/article-apres-le-drame-de-draguignan-ce-que-nos-anciens-savaient-52573653.html

 

 

 

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