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Les campaniles de Provence

par Nadine de Trans en Provence 26 Janvier 2011, 23:00 Architecture - Patrimoine

A-Campaniles-clochers

Carte postale - Collection personnelle de Nadine - Cliquez dessus pour agrandir

Le campanile est un élément d'architecture extérieur en ferronnerie, destiné à supporter et à embellir un carillon d'horloge publique et caractéristique du sud de la France. Selon sa fonction essentielle, un campanile est un simple support qui soutient la cloche chargée de sonner les heures. celle-ci est dotée d'un marteau, relié par un fil de fer au mécanisme situé un peu plus bas. C'est ce que l'on peut voit encore de nos jours dans tous les campaniles. Mais comme les ferronniers étaient aussi des artistes, tous ont cherché à faire de cette structure un objet intéressant et beau à regarder. Bien qu'ils soient installés la plupart du temps sur les clochers des églises, les campaniles de font pas partie de l'architecture religieuse mais ils sont le résultat de l'évolution de l'horlogerie.
Au Moyen Age, les villages étaient généralement construits en bois et entourés de palissades défensives et dotés, au point le plus haut, de tours carrées vouées au guet. Sur la plate-forme, les veilleurs soumis à tous les vents et toutes les intempéries, jour et nuit devaient scruter l'horizon pour avertir en cas d'attaque, d'incendie ou d'un évènement particulier. Par la suite, au VIIe siècle, on inventa la cloche (campana en latin) pour permettre aux guetteurs de donner l'alerte. ces tours, désormais, en pierre, devinrent des donjons, assortis de remparts, de chemins de ronde et de mâchicoulis.
En même temps que se transformaient les moyens de défense, il devint nécessaire pour les municipalités de donner l'heure à la population. C'est ainsi que l'on retrouve ces grands cadrans ouverts aux quatre points cardinaux que l'on voit dans tous les villages montés sur des points visibles du plus loin que l'on se trouve, le plus souvent sur le cocher de l'église déjà existant ou sur l'une des tours des remparts comme à Bargemon ou à Cotignac. Aux fonctions de guet, succéda la nécessité de sonner les heures qui rythmaient la vie sociale.


Les Arcs-sur-Argens. Tour de l'horloge et campanile (Photo Nadine)

L'origine de la forme de la ferronnerie qui contenait le carillon de l'horloge fit encore l'objet de discussions de la part des spécialistes. On a dit qu'on avait cherché une structure ouverte qui résisterait mieux qu'un clocher fermé, au violent mistral de la région. En fait, on trouve des campaniles dans des régions où il n'y a pas de mistral et des clochers en dur dans des régions très venteuses. Il est probable que la vraie raison était d'obtenir une construction moins coûteuse qu'une tour, puisqu'elle était à la charge des municipalités, moins riches que l'Eglise.
L'idée de génie a été d'utiliser la ferronnerie. De plus, certains édiles appréciaient d'être indépendants de l'Eglise et de pouvoir mettre la carillon destiné à sonner les heures laïques non pas dans le clocher du curé, mais par exemple sur la mairie (maison de ville). A ce sujet, les archives font état de conflits fréquents à propos des cloches !
Le besoin d'horloges publiques s'est vite répandu dans toute l'Europe. Les artisans horlogers suivirent les routes commerciales ordinaires, de Milan et Turin vers Nice puis la vallée du Rhône, la Bourgogne, le Nord et jusqu'en Angleterre, qui fournit un temps les meilleurs horlogers du monde.


Ampus. Clocher et campanile (Photo Nadine)

C'est à cause de ces pérégrinations horlogères qu'on peut voir dans tout le sud de la France un si grand nombre de ces campaniles. Leur densité étant la plus grande en Provence, et particulièrement dans le Var où chaque commune a le sien. C'est ainsi qu'on leur a donné le nom générique de campanile provençal.
La plupart des campaniles qui se trouvent dans le Var datent du XVIIIe siècle. Il semble que les plus anciens remontent au XVIIe siècle mais il est très difficile de dater un campanile. Souvent on peut dater le support, qui est le plus ancien, mais pas le campanile lui-même. Seule la cloche porte quelquefois une date, comme il est d'usage dans la fonderie, mais aussi le noms des parrain et marraine de la cloche (Nota : on trouve dans les registres d'archives des baptêmes de cloches).
Toutefois, il faut savoir que l'on construit toujours de nos jours des campaniles, comme à La Crau en 1998 ou à La Garde en 2000. Il s'en construit à peu près un par an dans toute la Provence.


Le Revest des Brousses (Alpes-de-Haute-Provence)
Clocher et campanile (Photo Nadine)

Pour terminer, je vais vous parler du campanile proprement dit. Outre son support (église, tour, beffroi), le campanile est fait de deux parties : une embase et un couronnement. Les embases sont toutes de formes géométriques simples : cubes, cylindres, polyèdres, le plus souvent des hexagones. Le couronnement peut être une flèche, une pyramide, une coupole à panier ou à ogive ou encore un bulbe en couronne ou en dôme. Parfois, on trouve entre le la base et le couronnement un corps intermédiaire : c'est le style "kiosque" qui ressemble aux kiosques à musiques du début du siècle dernier. A préciser que dans le Comtat Venaissin (Vaucluse) toute une région est équipée de campaniles baroques, à nuls autres comparables et dont la caractéristique est que les embases ne sont pas des formes géométriques. Dans d'autres départements, on trouve aussi des campaniles de formes différentes et non classiques : le treillis.
Ces différentes formes sont par la suite ornées et une partie a toujours un rôle symbolique. Les ornements sont les mêmes que dans toute ferronnerie : volutes, omégas, palmettes, feuilles d'acanthe, fleurs, flammes, croisillons, grecques, ogives pendantes. Les ornements symboliques sont des drapeaux, des boules terminales, des spères armilaires, des croix ou des girouettes.


Cotignac. Tour de l'horloge et campanile (Photo Nadine)


Trans en Provence. Clocher et campanile (Photo Nadine)

   Campanile-Roquebrune-sur-Argens.JPG

 

Campanile de Roquebrune-sur-Argens (Photo Nadine)

 

A noter qu'une de mes lectrices, Christiane, guide touristique à Roquebrune-sur-Argens et qui oeuvre pour le Comité des Sites m'écrit ceci :

"Merci pour cet article fourni et aussi bien détaillé. Je peux ajouter qu'à Roquebrune, nous avons une particularité sur notre campanile, comme tu le dis si bien, il se doit d'être laïque, c'est pourquoi, notre cloche est dédiée à... la Bienheureuse Vierge Marie (il y a du déplacement de cloche là-dessous). Qui plus est, nous avons un document d'archive daté du 9 avril 1795 qui mentionne "au fur et à mesure qu'on remontait l'horloge du campanile, la clé de la porte d'accès a été volée... " Merci à Christiane pour son commentaire.

 

 

 

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