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Les oliviers et les moulins à huile sur le terroir de Trans

par Nadine de Trans en Provence 6 Janvier 2011, 23:00 Trans en Provence

  Moulin-huile-communal.jpg

L'ancien moulin à huile communal de Trans transformé aujourd'hui en médiathèque fut le dernier en activité. A souligner que la mare, les meules, les rouages crantés du moulin ont été conservés, des scourtins on été posés sur les murs. Tout à côté (à droite), l'Auberge du vieux moulin aménagée dans une grotte millénaire (grotte de Sainte-Catherine) par son propriétaire, Claudius Lambert dans les années 50 était aussi un moulin à huile.

Auberge-vieux-moulin.JPG

 

  A Trans, "les plantations d'oliviers se ont étendues depuis le début du XVe siècle. Elles n'occupent toutefois encore que le dixième environ de la superficie des propriétés privées (en ne tenant pas compte des biens de la commune et des propriétés du Seigneur)... Dans la première moitié du XVIIe siècle, la culture de l'olivier commence à s'étendre. On peut suivre ses progrès dans les cadastres et en trouver la confirmation dans l'augmentation progressive du nombre des moulins à huile. Jusqu'en 1671, les cadastres (livres terriers) de Trans ne précisent pas la superficie des parcelles. On ne peut donc en tirer que des indications approximatives, mais cependant certaines, en comparant dans les cadastres successifs le nombre des parcelles complantées en oliviers. Au cadastre de 1552, sur 1410 parcelles appartenant à des particuliers (à l'exclusion des propriétés communales et des biens du Seigneur), il y en a seulement 193 complantées en oliviers. En 1630, sur 1396 parcelles particulières, 364 sont en nature d'oliviers. Enfin, le cadastre de 1671 dénombre 1480 parcelles parmi lesquelles 630 sont, en totalité ou en partie, plantées d'oliviers. D'ailleurs, ce qui est un indice supplémentaire des progrès de cette culture, ce même cadastre mentionne d'assez nombreuses parcelles d'oliviers "nouvellement plantées". Quant aux moulins à huile, il y en avait à l'origine un seul qui suffisait à "détriter" toute la récolte du terroir. Dès 1654, il était devenu nécessaire d'en construire un second et, en 1674, on projetait d'en construire un troisième.

 

OliviersHiver_gm.jpg

 

Les gélées de l'hiver 1678-1679 arrêtèrent temporairement l'essor des oliveraies. Cependant, à la fin du siècle, les plantations étaient non seulement reconstituées, mais encore accrues. En 1704, le projet de construction d'un troisième moulin était à nouveau à l'ordre du jour et seuls les évènements empêchèrent sa réalisation. A cette dernière époque, la production annuelle moyenne d'huile d'olive atteignait en 40.000 litres environ, ce qui est important. L'accroissement des récoltes améliorait la condition de tous : les propriétaires voyaient s'augmenter leurs ressources, tandis que les "journaliers" trouvaient plus facilement du travail, soit à l'occasion des cultures, soit au moment des récoltes... Durant le terrible hiver de 1709, il fit un froid tel qu'on n'en avait jamais connu de pareil, il persista pendant plusieurs mois, désolant le terroir de Trans , "des froids si cuisants et excessifs qu'ils ont presque tué tout le restant de nos semis et totalement nos oliviers". Pendant trois années consécutives, le terroir de Trans ne produisit pas une seule goutte d'huile et, au cours de nombreuses années, la récolte fut insignifiante. La principale richesse du pays avait, pour longtemps, disparu... Le pays était plongé dans une misère totale... Le mal, était profond, et il fallut de longues années pour réparer les conséquences de cet hiver redoutable. Les années qui suivront l'hiver de 1709 furent des années difficiles. Il n'y avait plus de récoltes d'olives... A partir de 1725, les récoltes d'olives retrouvent une certaine importance, à tel point qu'en 1727 on construit un troisième moulin à huile... Depuis l'hiver de 1709, les plantations d'oliviers se sont reconstituées et accrues. Les récoltes d'olives sont maintenant abondantes et elles constituent la principale ressource des Transians.

  Les-moulins 

Sur cette carte postale ancienne les constructions qui vous voyez à gauche sont des moulins à huile. Malheureusement, ces moulins, au fil du temps sont tombés en ruines mais ont été pour certains rachetés et réhabilités en habitations.

 

De ce fait, les trois moulins à huile deviennent insuffisants. Lors de la récolte de 1758-1759, le terroir produit environ 5.000 coupes d'huile (environ 158.000 litres) ; les moulins travaillent jusqu'au mois d'août et de grandes quantités d'olives se détériorent. Il faut donc de nouveaux moulins. Or, depuis 1757, les moulins à huile sont redevenus la propriété du Seigneur. C'est donc lui qui doit construire les nouveaux moulins et tout retard de sa part va être préjudiciable à la population... En 1763, on convient que le Marquis qui a déjà fait construire un quatrième moulin pendant les années précédentes, en fera contruire un cinquième, étant entendu toutefois que la Commune lui prêtera les fonds nécessaires... L'accroissement des récoltes d'olives apporte une certaine prospérité qui malheureusement ne durera pas beaucoup au-delà de 1780. Il semble d'ailleurs que, d'une façon générale, la production agricole ait augmenté. On en trouve une preuve dans les variations de la quotité de l'imposition de fruits... En 1789, la population de Trans, qui n'a pas cessé de croître depuis le début du siècle, atteint à peu près le chiffre de douze cent habitants... Au moment où se précisent les événements qui vont conduire à la Révolution, les conditions de vie sont difficiles. Depuis une dizaine d'années, les récoltes sont mauvaises et, en particulier la récolte des olives qui est maintenant la principale du terroir. Sur ce, survient l'hiver de 1788-1789 qui fut désastreux. Au mois de décembre 1788, des inondations exceptionnelles causent de grands ravages. Elles sont suivies d'un "hiver long et rigoureux qu'on a comparé à celui de 1709".

 

famine.jpg

 

Un tiers des oliviers du terroir est gelé, vignes et figuiers sont éprouvés. Le mauvais temps suspend les travaux et il résulte "une misère affreuse dans la classe indigente". La cherté et la rareté des blés "ajoutent à tant de maux et font même craindre une disette absolue"... En 1817 et 1818, "un insecte destructeur ravage les oliviers". Il faut donner des secours aux indigents qui n'ont pas de travail. En janvier 1829, le gel détruit les oliviers. Pendant plusieurs années consécutives, les propriétaires sont privés de récolte et les ouvriers agricoles de travail... La population a continué à augmenter. Elle atteint 1.379 habitants en 1846. Elle est toujours constituée par des autochtones. Il y a seulement quelques Italiens venus travailler dans les moulins à huile... En 1847, pour les besoins des commerçants en huile (fabricants, négociants, courtiers) on demande la création d'un service de distribution du courrier... Le demi-siècle qui commence aux environs de 1845 est caractérisé par de profondes transformations. Le développement industriel et commercial déjà amorcé à Trans au début de la monarchie de Juillet ne va pas cesser de s'accentuer. Plus particulièrement, c'est la fabrication et le commerce de l'huile d'olive qui vont prendre de plus en plus d'importance. La culture de l'olivier atteint maintenant son maximum d'extension et le terroir de Trans produit de grandes quantités d'olives. De plus, les moulins à huile, dont le nombre augmente d'année en année, traitent non seulement la production locale mais encore reçoivent des apports des villages voisins. Au lendemain de la guerre de 1870, il y a ainsi vingt-cinq moulins à huile qui fonctionnent à Trans et on envisage (mais ce projet ne se réalisera pas) l'établissement d'un marché aux huiles qui se tiendrait une fois par semaine. En effet, on évalue alors le chiffre d'affaires des fabricants et négociants à deux millions de francs, ce qui est très important. Cette expansion est facilitée par le développement des communications de toutes natures : création de la ligne de chemin de fer en 1864, inauguration d'une recette des postes et plus tard, installation d'un bureau télégraphique. Cet essor va se poursuivre jusqu'aux environs de 1880. L'activité des moulins à huile attire une main d'oeuvre étrangère formée d'Italiens originaires du Piémont et de la Rivière de Gênes. Ils viennent de plus en plus nombreux et ils ne tardent pas à se fixer".

 

Source : Trans en Provence - Guillaume Barles - Ed. Jeanne Laffitte - Marseille.

 

Cependant, dès la fin du XIX° siècle, les huiles étrangères, issues du marché colonial viennent concurrencer l’huile locale, non seulement pour la nourriture, mais également pour l’industrie (savons, éclairage) ; la concurrenc est d’autant plus rude que l’avènement de la lampe à pétrole puis de l’électricité ont totalement fermé le marché. La production s’inscrit alors dans une échelle locale d’autosuffisance. Celle-ci reprend après les deux conflits mondiaux, lorsque la pénurie de matières grasses se fait sentir. Mais le gel de février 1956 sonne le glas de cette production. Dans le Var, près de 80% des oliviers périssent, et les moulins ferment les uns après les autres. Malgré les aides apportées par l’Etat, les agriculteurs préfèrent désormais planter de la vigne.

   

Plaque-du-moulin.jpg

 

    Plaque apposée sur la façade de l'ancien moulin à huile communal. Il s'agit d'un extrait des "Isclo d'or" de Frédéric Mistral.

 

"Nautri li bon prouvençau

Au suffrage universau

Voutaren pèr l'oli

Et faren l'aïoli"

 

"Nous, les bons Provençaux

Au suffrage universel

Nous voterons pour l'huile

Et nous ferons l'aioli".



PB111106.JPG

 

Cueillette des olives (Photo d'un Transian Noël Landry)

 

 

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