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L'assassinat de la marquise d'Entrecasteaux à Aix en 1784

par Nadine 20 Mai 2008, 22:00 Histoire - Petites histoires de la Provence

 

 Le 31 mai 1784, en ce matin de lundi de Pentecôte, toute la ville d'Aix a le nez en l'air pour assister à l'envolée d'un aérostat monté par un ancien capitaine de la marine marchande. L'engin s'élève, s'éloigne... et soudain, prend feu. L'aéronaute est sauf, c'est vraiment l'essentiel.
Mais une autre nouvelle prend brusquement le pas sur le spectacle du jour. Ce matin, l'épouse du marquis d'Entrecasteaux, président de la cour du parlement d'Aix, a été retrouvée morte et ensanglantée dans sa chambre. L'hôtel du marquis, sur le Cours Mirabeau, est déjà gardé par la maréchaussée et la troupe. Le mari parle de suicide, le médecin soupçonne un crime. La marquise a été surprise dans son sommeil et égorgée de plusieurs coups de rasoir. Un bourse vide laissée en évidence et un secrétaire défoncé plaident pour le crime crapuleux, mais une cassette pleine de bijoux et d'autres objets luxueux sont toujours à leur place. La police, méticuleuse, ne relève aucune trace d'effraction ni d'escalade. Le criminel n'a pas pu venir de l'extérieur. Le personnel de la maison est mis aux arrêts et au secret, on l'interroge, mais sans aucun résultat. L'enquête révèle alors que le couple n'était pas assorti et ne s'entendait plus depuis longtemps : la marquise est laide et peu avenante, le marquis joue les joli-coeurs, les scènes conjugales se répétent sans cesse. Un an plus tôt, pendant la nuit, la marquise avait été prise d'un mal étrange. Un docteur pensa immédiatement au poison, mais se tut. Quelques jours avant l'assassinat, un verre de vin avait provoqué une violente sensation de brûlure à la marquise qui avait vomi et s'en était sortie. L'enquête démontrera que quelques temps plus tôt, le marquis avait acheté de la mort-aux-rats ! Dès lors, sa culpabilité paraissait évidente ; une perquisition la confirma : un rasoir manquait dans le nécessaire du président. D'Entrecasteaux n'eut que le temps de s'enfuir, le 3 juin pour Nice et ensuite au Portugal. Sa fuite était un aveu. Là-bas, on l'arrêta, mais, en son absence, le parlement de Provence dut se contenter d'une condamnation à mort par contumace et d'une exécution en effigie. Cependant, la prison humide de Limoeiro au Portugal eut rapidement raison du marquis qui y mourut le 6 juin 1785. Et si une rue d'Aix-en-Provence porte le nom d'Entrecasteaux, c'est à son oncle qu'on le doit, un glorieux navigateur parti en 1791 à la recherche de Jean-François de Galaup, comte de La Pérouse (la relation de cette expédition fera l'objet d'un article demain).


Source
: L'Almanach de la Provence - Editions Larousse 2003.

 

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