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La fin tragique d'une mariée trop imprudente...

par Nadine de Trans en Provence 16 Septembre 2009, 22:00 Histoire - Petites histoires de la Provence



Cette histoire se passa au début du XVIIIe siècle. Le manoir de Montségur, au sud de Grignan, était habité par Madame de Tabartel et sa fille Eloise.
Eloise avait seize ans, les cheveux noirs et un joli minois. Les prétendants ne manquaient pas et bientôt son mariage fut décidé avec le comte Henry de Soubeyran.
Le château se dressait dans toute la majesté de ses pierres et on y donnait des fêtes somptueuses, qui attiraient la noblesse à des lieues à la ronde.
Pour le mariage d'Eloise, le 25 juin 1715, jamais les grandes salles de ce château n'avaient été mieux parées. Ce fut une journée de liesse. Les fleurs y abondaient, on y servit des mets aussi nombreux que raffinés. Quand le beau monde eut fini de ripailler, tous se préparèrent pour la danse. La jeune mariée dansa beaucoup ce soir-là, elle connaissait à merveille tous les pas. Elle dansa, dansa... puis se lassa d'avoir autant dansé. C'est alors que l'un des nobles seigneurs de l'assistance proposa une partie de cache-cache. "Quelle bonne idée !" s'écrièrent les invités. La mariée riait aux éclats, elle courait ça et là dans sa robe de mousseline blanche. Elle connaissait parfaitement le château. Mais où pourrait-elle bien se cacher pour qu'on ne le trouvât point ? Les invités eux, se montraient trop prudents et on les retrouvait bien vite. De ce fait, le jeu perdait rapidement de son intérêt. Certains se laissèrent entraîner par Eloise dans les sombres couloirs de la demeure. Que c'était palpitant ! Au bout d'un escalier, Eloise s'aventura toute seule vers une partie désaffectée du vaste château. Sa mère lui avait toujours interdit d'aller de ce côté, mais qu'importait, aujourd'hui c'était le jour de son mariage. "Au moins, par ici, on ne me trouvera pas !" pensa-t-elle. Tout à leur jeu, ses amis ne remarquèrent pas qu'à un moment donné, Eloise n'était plus avec eux.
C'est bien plus tard dans la nuit qu'ils s'aperçurent de sa disparition.
Où s'était donc cachée la jolie mariée ? "Belle dame" appelait-on, "dame, dame, dame" répondait l'écho lointain . "Eloise, Eloise..." appelait Henry désespéré... Mais, seul l'écho lui répondait.


Eloise n'était nulle part, on fouilla le château pendant des heures et des heures. Les habitants du village furent alertés. On chercha partout, des combles aux caves immenses qui ressemblaient à des tombeaux. On savait que le château avait des oubliettes, on savait que derrière tel placard, voire dans telle cheminée, il y avait des cachettes prêtes à dissimuler les maîtres de céans, en cas de danger ou encore des souterrains pour leur permettre de fuir si la situation l'imposait. On ouvrit les cachettes que l'on connaissait, là où Eloise aurait pu se dissimuler au cours de cette tragique partie de cache-cache. On parcouru les souterrains, notamment celui qui possédait une sortie dans la crypte de l'église ainsi que celui qui aboutissait dans les grands bois au pied du gros rocher surmonté d'une statue de la Vierge.
 Les jours passaient, Eloise restait introuvable. La nuit, les bruits sont étranges dans les châteaux, les boiseries craquent, les vents s'engouffrent au plus profond des cheminées et font comme des soupirs et des gémissements. C'est bien vrai que par deux ou trois fois dans les jours qui suivirent on crut entendre gémir. Mais ça ne pouvait être qu'un effet de l'imagination sûrement.
Henry de Soubeyran, le jeune époux, fou de douleur de ne pas retrouver sa bien-aimée, préféra partir pour la guerre et nul ne le revit jamais au pays.
Le temps passa, les années se succédèrent aux autres...
Personne ne sut jamais, ni ne comprit ce qui était arrivé à Eloise...
 

Durant l'été 1750, le jeune vicomte François de Miraval se rendit avec des amis au château abandonné de Montségur. Les visiteurs remarquèrent sur une esplanade une croix de granit portant une inscription sur son socle : "Eloise de Tabartel, 25 juin 1715". Antoine Garnier, le gardien des lieux leur expliqua que cette jeune personne était la fille unique du marquis de Tabartel, propriétaire du château au début du siècle. Or, le 25 juin 1715, le jour de ses noces, Eloise disparut mystérieusement. Quelques mois après, hantée par la douleur et le désespoir, la famille de Tabartel quitta définitivement le château... le laissant à l'abandon et à la seule surveillance d'Antoine.
Après les explications de ce dernier et troublés par ce qu'ils avaient appris, les jeunes gens firent la visite des lieux et un pique-nique fut organisé dans la cour du château. Ce pique-nique fut cependant troublé par un orage qui éclata bientôt. Le jeune vicomte de Miraval et ses amis se réfugièrent alors dans le château... Le vicomte qui était curieux de nature eut envie de visiter d'un peu plus près la demeure. Quittant ses amis, il partit à la découverte de l'imposante bâtisse. Arrivé au bas d'un escalier, il emprunta un long corridor et se retrouva dans un cul-de-sac. Il allait faire demi-tour et revenir sur ses pas lorsqu'il buta sur une dalle disjointe du pavement. Il eut le réflexe d'envoyer ses main en avant pour se rattraper et c'est à cet instant qu'il sentit le mur se dérober sous ses doigts. Il entendit un déclic et une ouverture se fit dans le mur. Il se retrouva dans une pièce sombre dépourvue de fenêtre. Le mécanisme de la porte activa la fermeture derrière lui sans qu'il put intervenir, il se retrouva brusquement projeté en avant. Il lui fallut un moment pour s'habituer à l'obscurité. A la faveur d'un minuscule soupirail, il distingua que la pièce n'était pas très grande. Au milieu de cette pièce, une forme étrange. Il vit que c'était une femme assise dans un fauteuil. Elle paraissait dormir. Elle portait une robe blanche passée avec le temps.


Il s'approcha, le coeur palpitant. Sur une table se trouvaient un bougeoir, un encrier et un livre. A terre, gisait une dague couverte de se qui lui parut être du sang. Le livre sur la table était une vieille bible poussiéreuse. Un billet dépassait d'une page. Il le secoua pour le débarrasser de la poussière qui le recouvrait et lut : "Oh, malheureux, que la fatalité a poussé tout vivant dans cet abîme, élevez votre âme à Dieu, demandez-lui pardon de vos fautes, résignez-vous au sacrifice de votre vie, vous ne sortirez pas vivant de ce tombeau." Le billet était signé : Eloise de Tabartel. Le jeune homme sentit un frisson lui parcourir l'échine. C'était donc Eloise, la mariée disparue le jour de ses noces et dont il avait si souvent entendu parler dans sa jeunesse par sa grand-mère, Elizabeth de Saignan. Eloise n'était plus qu'un squelette. Il se risqua à toucher sa robe de mousseline qui se mit à se désagréger à ce simple contact. Épouvanté, car il venait de comprendre que lui aussi était pris au piège, enfermé peut-être à jamais dans cet endroit, il se mit à crier, à appeler à l'aide, à frapper contre l'entrée dissimulée dans le mur. Ce fut en vain. De très longues heures d'angoisse et de désespoir passèrent. La nuit vint. Il se dit que ses amis et le gardien devaient lui aussi le chercher comme on avait cherché la pauvre Eloise. Il ne pouvait s'empêcher de regarder la morte et de penser à sa fin horrible. Il se mit à faire les cent pas, réfléchissant à la manière dont il pourrait sortir de ce terrible traquenard. Il essaya de trouver la façon d'ouvrir cette porte. Si on pouvait entrer dans la pièce, on devait pouvoir en sortir. Il chercha longtemps mais ne trouva pas la solution.
En fait, comme Eloise l'avait fait trente-cinq ans auparavant, il avait par mégarde activé un mécanisme complexe de roues et de contrepoids qui servait à ouvrir la muraille et à dissimuler une pièce secrète...


Tout à coup, ses yeux tombèrent sur le soupirail envahi par la broussaille. Deux yeux le regardaient dans le noir. C'était un chat. Le matou passa par la petite ouverture, sauta et vint se frotter contre lui. Il s'en saisit et lui attacha son mouchoir brodé de ses armoiries autour du cou. Il remit le chat devant l'entrée du soupirail et il disparut par là où il était venu. Le lendemain matin, le gardien du château vit arriver son chat porteur du mouchoir. Il alla prévenir les amis du vicomte qui avaient passé la nuit au château, qu'il était vivant, mais certainement enfermé quelque part.
C'est en observant les va-et-vient du chat que les chercheurs découvrirent alors l'entrée dissimulée d'un soupirail... Ils s'armèrent de pics et de pioches pour démolir le bas de la muraille. Après une journée d'efforts, ils accédèrent à un caveau souterrain très profond, si bien que les cris du vicomte ne pouvaient parvenir à la surface... François de Soubeyran était bien là sain et sauf... ainsi que le squelette d'une femme assise dans un fauteuil... vêtue des lambeaux d'une robe de mariée...


François de Beaumont baron des Adrets

François de Soubeyran apprit par la suite qu'au XVIe siècle, le triste et célèbre François de Beaumont baron des Adrets avait fixé son repaire dans le château de Montségur... La rumeur prétendait que, certaines nuits, des gémissements montaient des souterrains... A en croire la légende, le baron des Adrets avait surtout le pouvoir satanique de disparaître mystérieusement dans son château pour échapper à ses ennemis... Jamais il ne fut fait prisonnier à Montségur... et pour cause, il connaissait lui aussi la mystérieuse cachette.


L'affaire fit grand bruit dans la région. La mort de la belle Eloise était par trop cruelle.
Combien de temps avait duré son agonie ? Au bout de combien de temps avait-elle décidé de mettre fin à ses jours voyant qu'on ne la trouverait jamais ?
Les gémissements entendus au cours des recherches entreprises étaient-ils les siens ?
On enterra discrètement les restes d'Eloise de Tabartel dans la chapelle du château dans un tombeau à côté de celui de ses aïeux.
Resurgie du passé, elle put enfin au bout de toutes ces années d'interrogations sur son sort, trouver une sépulture décente pour le repos de son âme...
C'est ainsi que s'achève la triste histoire d'Eloise de Tabartel, la jolie mariée des temps passés qui est entrée malgré elle dans la légende.

Source : Texte librement inspiré de "Provence et Comtat" ainsi que
d'une histoire parue dans "Provence Insolite".



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